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On connaîtra mercredi son futur directeur

L'aéroport de Genève entre ambition et retenue

Lors d'une conférence de presse, mercredi, la présidente de Genève Aéroport, Corine Moinat, et son directeur général actuel, Robert Deillon, présenteront le rapport annuel 2015 et dévoileront le nom du successeur du Gruérien à la tête de l'infrastructure aéroportuaire genevoise. L'occasion de revenir sur un débat fort intéressant sur l'avenir de Cointrin, tenu à la fin de l'année au Métropole, devant une forte assistance, et organisé par l'Association professionnelle des gérants et courtiers en immeubles de Genève (APGCI). Corine Moinat y avait démontré ses qualités de dirigeante à la fois sereine et ferme.

Le débat, qui s’inscrivait dans la série bien connue des déjeuners de l’APGCI, a permis à deux orateurs de s’affronter courtoisement autour de l’étude de l’Office fédéral de l’aviation civile estimant que la demande de trafic aérien à Genève passerait d’ici 2030 d’un peu plus de 15 millions de passagers à 25 millions. Sous la houlette de notre rédacteur en chef Thierry Oppikofer, deux thèses s’opposaient, devant un public essentiellement composé de professionnels de l’immobilier, de la construction et de la finance: celle de Corine Moinat, mettant en exergue l’importance vitale de Cointrin pour l’économie genevoise et même romande, et celle de Philippe de Rougemont, coordinateur de l’association Noé 21, qui lutte contre le réchauffement climatique et a combattu l’agrandissement de l’aéroport. Pour Philippe de Rougemont, appuyé avec un enthousiasme juvénile par le vétéran de la politique écologiste genevoise Chaïm Nissim, «Cointrin est traité comme une exception par le Canton, concernant les émissions de carbone, ce qui n’est pas satisfaisant pour la lutte contre le réchauffement climatique». Corine Moinat, dont l’attitude mesurée et la capacité d’écoute tranchent sur le côté assez «business» et fortement rugueux auquel le directeur Deillon a habitué la presse, a expliqué à quel point les progrès techniques des avions - en termes de consommation d’énergie et de limitation des nuisances sonores - et les précautions prises par l’aéroport permettaient de faire face à l’accroissement des besoins de déplacement, tout en évitant l’«emballement» dénoncé par Noé 21. Personne ne voyage inutilement, a dit en substance la présidente - première non-conseillère d’Etat à ce poste - d’un aéroport confronté à une concurrence vivace d’autres villes, avec à la clef la préservation d’activités et d’emplois dans notre région. Philippe de Rougemont, lui, dénonce avec force les «futiles week-ends à Ljubljana» et la folie des vols à bas coût. Malgré quelques charges de hussards de l’économie contre «un écolo qui peut se permettre de rester plusieurs mois en vacances pour rentabiliser son vol transatlantique», il apparaît assez vite que l’assistance est assez critique sur l’expansion continue des vols et de leurs conséquences en termes de bruit, de pollution et de dévalorisation de propriétés immobilières. Grogne et mesures étatiques Loin du stérile combat gauche-droite qui a longtemps servi de grille de lecture à Genève pour tout ce qui touchait à l’aéroport - on devait, à moins d’être bolchévik, admirer «notre» aéroport que le monde entier nous enviait -, les échanges d’arguments furent nuancés. Il faut dire que l’arrivée dans des zones de travaux, le passage parmi les nuages de tabac à la sortie et la bataille pour des taxis, sans parler de la saturation des parkings, énervent depuis longtemps les Genevois et leurs visiteurs. Il suffit de voyager - au risque de se comporter «futilement» - pour constater que même des villes de province ont des infrastructures plus accueillantes, mieux signalées, où l’on ne doit pas traîner ses valises sous la pluie parce qu’on est allé stationner dans un P 26, 32 ou 56 quelconque situé loin du hall d’embarquement. Corine Moinat, qui vient de l’économie privée mais aussi du géant orange Migros, sait ce que signifie le service à la clientèle. Elle a donc très bien su distinguer ce qui relevait de la propagande écologique et ce qui était vraiment préoccupant, y compris en termes d’environnement et de qualité de vie. Les organisateurs de l’APGCI avaient eu le nez creux en choisissant ce thème. Car en décembre dernier, c’était au tour du Conseil d’Etat lui-même, alarmé par les communes riveraines, d’indiquer que le bruit nocturne des avions devrait être contenu. La réaction de l’aéroport fut là encore raisonnée et constructive. Voilà qui augure bien de l’avenir de cet outil essentiel de la prospérité genevoise et régionale: sans verser dans le retour au passé - les déplacements en voiture sont plus polluants et plus dangereux, les trains sont bien souvent déjà bondés -, il conviendra de tenir compte des légitimes inquiétudes des riverains et des spécialistes du climat, sans obérer le bon fonctionnement et la qualité de l’aéroport. Vincent Naville

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