Un entretien avec Mark Muller
«La volonté de construire n’est pas un monopole étatique!» Presque chaque semaine, dans la «Feuille d’avis officielle», des procédures de plans localisés de quartier (PLQ) sont lancées. Dans la période de pénurie de logement que traverse Genève, cette étape de planification, ouvrant la voie à l’aménagement et à la construction d’immeubles ou d’infrastructures représente plutôt un bon signe. Néanmoins, quelques dizaines de PLQ en force n’auraient pas été entièrement exploités à ce jour, ou conserveraient des opportunités de création de logements, que certains évaluent à «4000 à 6000 unités». En charge de l’aménagement depuis deux mois, le conseiller d’Etat Mark Muller est conscient de cette situation et nous a fourni l’inventaire des potentiels à concrétiser… si les communes et les propriétaires sont d’accord. «La volonté de construire n’est pas un monopole étatique!», explique le président du DCTI.
- On évoque la possibilité de construire plusieurs milliers de logements, répartis sur une centaine de PLQ. S’agit-il d’un fantasme? - Les données actualisées établies par mes services (voir encadré page 5, réd.) montrent que la plupart des PLQ en force ont été exploités. Il reste un certain potentiel, c’est vrai, mais probablement pas dans les proportions évoquées. En soi, le tableau a un aspect positif: on a tout de même construit. D’ailleurs, un important travail avait été fourni dans le cadre d’un effort commun entre promoteurs-constructeurs privés (APCG) et Etat. Mais le revers de la médaille est que les réserves sont faibles; l’heure est à l’accélération des procédures d’adoption de nouveaux PLQ et à de nouveaux déclassements, dans le cadre d’un Plan directeur cantonal lui aussi tout nouveau et beaucoup plus ambitieux que le précédent.
- Où sont les principaux «gisements» de nouveaux logements? - Les derniers réservoirs, en l’état actuel, sont la plaine de l’Aire (Plan-les-Ouates), Bernex-Est et les Grands-Esserts à Veyrier. Nous nous en occupons activement; le Grand Conseil est en train d’examiner le PLQ des Cherpines, à Plan-les-Ouates.
- Dans quel délai verra-t-on des grues sur ces emplacements prometteurs? - Probablement ces prochaines années; il faut répéter ici que l’exécution des PLQ ne dépend pas uniquement de l’Etat. Son rôle est de mener la procédure de déclassement, de planifier, de piloter l’élaboration du PLQ, d’accompagner la manœuvre, mais la décision de construire ou de laisser construire appartient aux propriétaires. Qu’il s’agisse de privés ou d’entités publiques, de communes, de fondations, d’institutionnels, etc., sans la volonté de construire, on ne peut réaliser des immeubles. A moins de recourir à l’expropriation, certes prévue par la loi, mais dont la tradition genevoise est un usage homéopathique.
- Revenons aux périmètres qu’on évoque toujours, et depuis des années, comme porteurs imminents de bonnes nouvelles en matière de logement: La Chapelle-Les Sciers, les Vergers à Meyrin et les Communaux d’Ambilly. Le feuilleton va-t-il se poursuivre? - Soyons francs: il est inadmissible que la procédure, dans ces dossiers, ait duré si longtemps. Il n’est plus possible de prendre une décennie pour planifier un projet! Dans le cas de La Chapelle-Les Sciers, le recours arrivé en fin de parcours est vraiment regrettable. La volonté d’associer tous les intervenants (commune, voisins, associations, etc.) a mené à de longues négociations, dont l’objectif était de trouver un consensus qui évite les recours. J’entends bien poursuivre la concertation dans ce genre de dossier, mais j’y fixerai un cadre clair. Négocier des années pour se retrouver avec un blocage sur les bras, ce n’est plus acceptable. Toujours est-il qu’à La Chapelle-Les Sciers, le PLQ est en force, qu’à Ambilly, l’enquête publique démarre le mois prochain (adoption par le Conseil d’Etat probablement en juin). En tout cas, pour les périmètres d’avenir – Grands-Esserts, plaine de l’Aire, Bernex-Est -, je compte, en tant que nouveau responsable de l’aménagement, aller plus vite. Et je ne doute pas qu’il existe une volonté de construire, du côté des privés comme des communes.
Propos recueillis par Th.O.
GROS PLAN
«Un accord équilibré» La Praille: échange de terrains L’accord annoncé jeudi entre Etat et référendaires opposés à la réalisation du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV) tel qu’il était brossé à grandes lignes l’an passé n’a pas surpris, puisque Mark Muller avait laissé entendre que la votation sur le référendum, initialement prévue, n’était plus nécessaire. Certes, avec une élégance qui lui est propre, la «Tribune de Genève» a brisé l’embargo grâce à la complaisance d’un des signataires. Dès jeudi, on savait donc que l’Asloca avait obtenu davantage de logements sociaux. Cet accord issu de la «démocratie de cabinet», comme le fustige notre confrère, a tout de même l’avantage de créer un consensus inédit. A l’échelle du périmètre, la règle «un emploi, un logement» s’appliquera; il y aura une moitié de logements subventionnés sur les terrains appartenant à l’Etat ou aux collectivités publiques (82% du périmètre) et pas de PPE sur ces parcelles; des échanges de terrain pourront avoir lieu entre parcelles du PAV en mains publiques et terrains en mains privées à l’extérieur. «C’est un accord équilibré, explique Mark Muller. Sur les parcelles en mains des collectivités, il y aura en gros 22% de HBM, 28% de HM, 16% de LUP non subventionnés et 34% de loyers libres. Sur les parcelles en mains privées, les propriétaires pourront construire ce qu'ils voudront. Autre élément essentiel: l’échange de terrains. Cela veut dire qu’un terrain en mains publiques à la Praille pourra passer à un privé, en échange d’une parcelle équivalente ailleurs dans le canton, qui elle accueillera du logement social. Cela favorise une bonne répartition des types de logements, une bonne mixité et une certaine souplesse dans l’aménagement du futur nouveau centre-ville nommé PAV».
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