Passation de pouvoirs

Le Groupe H poursuit sa vocation durable 

A l’issue d’une soirée conviviale qui s’est déroulée le 16 mai au Globe du CERN, Hervé Dessimoz a confié à sa fille Céline la responsabilité de diriger le Groupe H. En 28 ans, ce Bureau d’architecture et d’ingénierie a acquis une réputation qui dépasse largement les frontières suisses. Que ce soit à Paris, à Milan, en Russie, en Ukraine ou sur le massif du Mont-Blanc avec le fameux Refuge du Goûter, les constructions du Groupe H font la part belle au développement durable. A Genève, la Tour C2, réalisée récemment dans l’écoquartier des Vergers, s’ajoute à la liste des innovations technologiques et environnementales. Père et fille évoquent le passé, leurs rêves et les perspectives à venir.

– Pourquoi avoir choisi le Globe de la Science et de l’Innovation au CERN pour la cérémonie de transmission?

– Hervé Dessimoz: Cette construction en bois est l’«enfant chéri» de ma production architecturale, un ensemble conçu avec l’ingénieur bois Thomas Büchi. D’abord installé sur les bords du lac de Neuchâtel pour l’Exposition nationale en 2002, le «Palais de l’Equilibre» a ensuite été légué au CERN, qui l’a valorisé tout en respectant sa structure initiale. Sa vocation publique se poursuit, avec plus de 120 000 visiteurs par an et des événements régulièrement organisés. Cet objet emblématique est une métaphore du globe terrestre, illustrant le passage d’un monde pollué vers l’équilibre planétaire. Lors de la soirée du mois de mai, outre nos amis et clients fidèles, nous avons été honorés par la présence de Frédérick Bordry, directeur des accélérateurs du CERN ; Michel Balestra, patron de Balestrafic et Président de SIG et François Longchamp, président du Conseil d’Etat. Mes domaines de prédilection – à savoir l’énergie, l’environnement et la politique – ont ainsi trouvé des porte-parole de taille, fortement engagés dans ces divers secteurs.

– Comment comptez-vous assurer la transition de père à fille? 

– H.D.: Pour ce passage de témoin, nous avons voulu faire un geste symbolique dont mes partenaires et amis se souviendraient. J’ai remis une clef d’un mètre de long à Céline, en lui demandant d’en faire bon usage et de poursuivre l’œuvre entreprise. De son côté, elle m’a donné une clef plus modeste, celle de mon bureau, afin de continuer à fournir appui et expérience au Groupe H. Ma fille sera en charge de la gestion et de l’acquisition de mandats, une transition qui se fera tout en douceur, car je resterai présent pour consolider les projets en cours. La capitalisation des savoirs est importante, certains de mes collaborateurs étant d’ailleurs employés chez nous depuis plusieurs décennies.

– Céline Dessimoz: La taille de la clef me laisse envisager l’ampleur des responsabilités qui m’attendent. J’ai rejoint le Groupe H il y a cinq ans; j’imaginais plutôt faire une carrière dans le droit, mais l’opportunité de poursuivre l’œuvre familiale s’est présentée et le défi m’a séduite. Pour le relever, j’avais besoin d’architectes expérimentés et motivés; je me suis donc entourée de Mauricio Lopez, Vincent Aeschbacher et Francesco Benincasa, chacun avec ses compétences particulières (conception, production de plans, exécution des travaux). C’est aussi selon cette perspective de reprise du groupe que j’ai récemment ajouté une corde à mon arc, à savoir l’obtention du Master en immobilier de l’Institut d’études immobilières (IEI).

– Votre bureau est leader en matière de constructions durables. Souhaitez-vous maintenir cette position?

– H.D.: La ligne conceptuelle du groupe sera garantie, en continuant à porter une attention particulière aux enjeux de durabilité. Le Groupe H a une longue expérience et une force de proposition dans le domaine. J’avais d’ailleurs tenu dans les années 1990 – en commun avec Thomas Büchi et Roger Beer – à intégrer cette notion dans le Mémorial du Grand Conseil, une époque où on parlait encore peu de développement durable. Il s’agit également d’offrir une visibilité aux constructions performantes énergétiquement; car l’architecture doit être porteuse d’un message et générer des émotions. Cette recherche d’une identité visuelle forte s’exprime particulièrement dans la structure en bois du Palais de l’Equilibre, au Refuge du Goûter en altitude, ou plus récemment aux Vergers. Dans ce quartier, nous avons intégré à la Tour C2 un étage de verdure et des panneaux photovoltaïques bleus en façade. A l’autre extrémité du quartier, nous réalisons un bâtiment de 130 logements, comprenant des arbres s’érigeant à 20 mètres de haut. Ces interventions évoquent la verdure et les aspects environnementaux chers à l’écoquartier.

– C.D.: Mon père est un humaniste, les liens entre l’architecture et la vie sociale sont pour lui essentiels. Une construction doit parler d’elle-même, les usagers d’un lieu doivent pouvoir s’y identifier et s’approprier l’espace. Par ailleurs, avec toute la complexité des normes énergétiques et de construction, il est important de ne pas négliger l’esthétique. Cette dimension de l’architecture me tient particulièrement à cœur.

– Le Groupe H, c’est donc une histoire de famille qui se perpétue. Quelles en sont les origines?

– H.D.: Ma famille est valaisanne et je suis né à Sion; après avoir fait mes premières classes à Conthey, je pars à l’âge de 10 ans poursuivre ma scolarité à l’Institut Florimont à Genève. Mon père m’avait dit : «Hervé, tu seras architecte»; et à mon frère: «Et toi, ingénieur». Cela fut ainsi. Ma Maturité latine en poche, j’obtiens le diplôme d’architecte de l’EPFL en 1977, avant de démarrer ma carrière comme indépendant. Deux ans plus tard, je débute ma vie politique comme élu au Conseil municipal de la ville de Meyrin, puis au Grand Conseil sous les couleurs radicales. A l’âge de 26 ans, lorsque mon père décède, je reprends avec mes frères une entreprise de 240 employés. Enfin en 1990, naît à Genève le Groupe H Architecture et Ingénierie.

– Comment se poursuit votre carrière?

– H.D.: Dans les années 1990, le volume des affaires chute considérablement en Suisse. Plutôt que de subir ce cauchemar, je décide d’ouvrir une agence à Paris, où le marché immobilier connaissait un essor exceptionnel, notamment dans le quartier de la Défense. Le Groupe Winterthur Assurances m’accorde sa confiance et nous réalisons une tour de 135 mètres de haut. C’est le début de ma carrière internationale. Je me rends rapidement compte de la présence d’une clientèle misant sur la qualité et demandeuse de services suisses à l’étranger. Pendant une période de 10 ans (1998-2008), je m’investis dans les pays de l’Est, une expérience qui m’a laissé une forte empreinte. En explorant des marchés inattendus, en Ukraine et en Russie, je noue des amitiés de choix. Piter Raduga à St-Pétersbourg ou Spoutnik City sont toutefois des projets compliqués et d’envergure; fort heureusement, mon frère Pierre-Albert, ingénieur civil et Edmond Sauthier, ingénieur technique, sont là pour m’appuyer.

– Et les projets actuels? 

– C.D.: Outre nos interventions dans la commune de Meyrin et l’écoquartier des Vergers, nous avons toute une série de projets en cours…citons un immeuble dans le quartier émergent de l’Etang, le plus grand projet immobilier de Genève; la densification de Riant-Bosquet, une mutation urbaine qui s’inscrit dans le périmètre du Grand Projet cantonal «Vernier-Meyrin-Aéroport». Nous nous investissons également dans des projets de transformation, comme par exemple aux Eaux-Vives, avec un immeuble remis aux standards énergétiques, et à la Maison de Retraite du Petit-Saconnex. Début janvier prochain s’ouvrira le chantier de la création d’une galerie commerciale, d’un centre commercial Migros, de logements et de bureaux sur la place de la gare CEVA à Chêne-Bourg, un ensemble connecté directement à la gare. Enfin, les travaux de démolition et reconstruction du nouveau Centre Amag au Petit-Lancy avancent, un chantier qui a une valeur affective à mes yeux, car c’est mon grand-père qui avait construit le garage d’origine. Bref, des projets enthousiasmants qui vont occuper notre équipe ces prochaines années, toujours à la recherche de concepts novateurs!

Propos recueillis par Véronique Stein

 



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