Une analyse du Crédit Suisse

La pénurie de logement touche surtout les PPE et fait perdre des millions à Genève

Le Crédit Suisse radiographie le développement économique genevois. La reprise dans la construction réduira-t-elle la pénurie des logements, en particulier celle des PPE?

Genève est considérée, avec l’ensemble du bassin lémanique,  comme l’un des principaux pôles économiques du pays. Alors que le canton ne compte que pour 5,8% de la population suisse, son poids dans l’économie nationale dépasse les 7,2%. Son dynamisme comporte toutefois une part d’ombre qu’une toute récente étude du Crédit Suisse a mise en évidence. C’est la pression sur le marché du logement et sur les infrastructures.

L’étude relève tout d’abord que depuis 2010, la dynamique de l’espace métropolitain de Genève-Lausanne s’est en partie déplacée vers l’agglomération lausannoise, autant en terme de croissance économique que de création de nouveaux emplois. «Ce constat est valable également pour les secteurs performants qui, selon notre étude systématique, présentent un profil chances-risques élevé, tels que l’informatique et la communication, la pharma, la technologie médicale, le secteur de la santé, les services aux entreprises ou encore la recherche et le développement».

Nouvel essor

Genève connaît toutefois un nouvel essor dans la création de ses emplois, dépassant le canton de Vaud et se situant au-dessus de la moyenne suisse. «Le projet d’abaissement du taux d’imposition ordinaire de 22% à 13,49% devrait contribuer de manière importante à l’amélioration de l’attractivité du canton pour l’implantation d’entreprises». Et plus loin, les experts du Crédit Suisse sont d’avis que «les perspectives positives de développement promettent au canton le plus occidental du pays une démographie dynamique dans les années à venir, pour autant qu’une offre de logement adéquate existe. Il est notoire que l’important décalage entre l’offre et la demande d’habitation observé sur le territoire genevois, qui a donné naissance à la crise du logement dont nous observons aujourd’hui encore les stigmates, découle principalement d’une trop faible activité de construction au cours des dernières décennies».

Prise de conscience

Implicitement, la prise de conscience des autorités genevoises, qui ont favorisé une relance  de la construction de logement, est saluée par le Crédit Suisse. Avec un bémol toutefois: l’actuel regain de la production reste modeste en comparaison historique et il profite avant tout au secteur du logement locatif, en particulier le secteur subventionné. Le marché de la propriété, notamment celui de la PPE (voir l’encadré), ne profite que de manière mesurée de ce nouvel élan «et l’ambiance politique actuelle ne promet guère de changements en la matière dans un avenir proche». Le risque que les déséquilibres actuels sur ce secteur du marché ne s’accentuent est donc bien réel, «poussant ainsi de plus en plus de résidents genevois en quête d’objets disponibles vers des territoires voisins et aggravant ainsi la problématique des transports pendulaires, tout en provoquant des pertes fiscales et de consommation pour la place genevoise». Selon la responsable de l’analyse sectorielle et régionale du Crédit Suisse, Sara Carnazzi Weber, le déménagement des habitants hors du canton provoque une chute de la consommation locale estimée entre 500 et 700 millions de francs chaque année.

Etienne Oppliger



Télécharger