Table ronde de la CCI France Suisse

Projets transfrontaliers: défis ardus pour les entreprises

Dans le secteur de la construction, la concurrence est souvent déséquilibrée entre entreprises locales et étrangères. Que ce soit volontairement ou par méconnaissance des bonnes pratiques, les sociétés françaises et suisses travaillant sur le marché voisin ne respectent pas toujours l’ensemble des règles locales. Au travers de témoignages, une table ronde a réuni des acteurs de la construction, qui ont fait part de leurs expériences et des principaux obstacles rencontrés.

Quels sont les points d’attention à prendre en compte dans le cadre de démarches transfrontalières? 

Des chefs d’entreprises des deux pays ont été conviés voilà quelque temps à un débat organisé par le Comité Construction de la Chambre de Commerce et d’industrie France Suisse. Ils ont prodigué de précieux conseils et échangé avec un public d’entrepreneurs soucieux de se développer sur le territoire voisin.

Des réflexes de travail divergents

Pour les sociétés suisses qui veulent s’implanter en France, l’accompagnement – notamment par la CCIFS – est relevé de manière positive, en particulier pour ce qui concerne la création de la filiale, le recrutement du personnel ou les démarches fiscales et administratives. Comme le mentionne Corentin Maucoronel, directeur général d’Amstein & Walter, les difficultés viennent ensuite, lorsqu’il s’agit de décrocher les premiers appels d’offres. Répondre aux marchés publics français relève souvent du parcours du combattant.

Les documents administratifs, les références, qualifications professionnelles et mémoires techniques exigés sont complexes et gourmands en temps. «Le système français, très procédural, constitue par ailleurs un obstacle majeur», souligne Olivier Böckli, directeur général d’Implenia France. Signatures, validations, formulaires, etc. peuvent freiner les chantiers en cours. Singulièrement, les Français travaillant sur territoire suisse relèvent des problèmes analogues, «une lourdeur administrative» à laquelle s’ajoutent des spécificités cantonales (langues, tarifs en vigueur, etc.). «Il faut comprendre les schémas de fonctionnement, les codes et la culture du lieu d’accueil», résument de concert Nicolas Houette, directeur de Sols Suisse, et Philippe Bouillant, responsable du développement commercial chez Rinck. Sans pour autant nier sa propre identité, le respect du pays d’accueil et la connaissance des coutumes sont des préliminaires fondamentaux.

Conditions pour évoluer

Pour surmonter les multiples écueils, il est essentiel de se faire conseiller par des entités compétentes, des partenaires locaux ou d’autres entreprises ayant déjà fait le pas. Les formations relatives aux marchés publics sont souvent utiles dans un premier temps, s’ajoute ensuite l’expérience. «Pour mieux calibrer nos offres et savoir pourquoi nous étions écartés, nous avons sollicité les maîtres d’ouvrage. L’intégration aux réseaux et le regroupement avec des partenaires locaux sont aussi des atouts qui permettent de mieux comprendre les manières de faire et au final, de décrocher des marchés publics», précise Corentin Maucoronel.

Pour simplifier les formalités (administratives, douanières, etc.), il est souvent judicieux d’installer une structure juridique à part entière de l’autre côté de la frontière, ce qui implique toutefois un investissement de départ conséquent. Cela permet aussi de recruter des salariés locaux en leur assurant une certaine continuité; ces derniers connaissent les règles du jeu et les coutumes du pays, ce qui est synonyme de gain de temps. Malgré toutes ces démarches, il faut accepter de «se casser le nez deux ou trois fois avant son premier succès», reconnaissent les participants à la table ronde. Eviter la précipitation, analyser le marché, se donner les moyens et monter sa succursale pas à pas  sont les principaux conseils des intervenants au débat.

Véronique Stein



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