Référendum sur les armes

Les pressions de l’UE passent mal

Notre grand voisin français est fortement agité, depuis quelques semaines, par la question des «référendums d’initiative citoyenne», version hexagonale de nos initiatives populaires. La démocratie directe suisse, beaucoup moins axée que la française sur la délégation à des représentants élus et reposant largement sur le système de milice en lieu et place d’une classe politique professionnelle, fait l’objet de toutes les attentions. Or l’Union européenne, dans la foulée de Schengen, se préoccupe de limiter ou de carrément interdire l’accès aux armes. Le Conseil fédéral s’est incliné, mais pas les milieux de droite ni ceux du tir sportif; un référendum a été lancé contre le «diktat de l’UE qui nous désarme» et la récolte de signatures bat son plein. Le conseiller national genevois Roger Golay (MCG) est l’un des fers de lance de cette campagne.

– Roger Golay, la Directive européenne sur les armes est-elle vraiment liberticide?

– Oui. Et en plus, elle est inutile. Il faut bien comprendre que la Suisse, dans tout le processus de Schengen, n’a qu’une voix consultative. La Suisse a fait part à l’Union européenne de ses particularités, essentiellement en relation avec les détenteurs d’armes d’ordonnance (militaire). Toutefois, ce qu’a pu obtenir Berne, dans l’adaptation de la Directive, n’est largement pas conforme à nos valeurs. Depuis des siècles, le citoyen suisse a pu légalement acquérir une arme; le tir est une activité traditionnelle de notre pays, le fait d’être capable de posséder une arme, militaire ou civile, de façon sereine et responsable, fait partie de notre nature.

– L’un des buts de l’UE est ici de lutter contre le terrorisme…

– Aucun attentat n’a été commis en Europe avec une arme à feu légale! En soumettant l’acquisition et la détention d’une arme à feu à des règles administratives complexes, on bloque des policiers derrière des bureaux et on restreint la liberté des citoyens. L’immense majorité des armes, en Suisse, sont détenues à des fins sportives et de collection. Nos grands-pères devraient-ils s’astreindre à des entraînements, à des demandes de dérogation, pour pouvoir garder chez eux une arme de collection acquise voilà des lustres? De plus, les anciennes armes d’ordonnance (militaires) ne pourront plus être transmises dans le cadre d’une succession. C’est ridicule!

– Aux Etats-Unis, la liberté d’achat des armes semble avoir abouti ou contribué à un nombre effrayant de tragédies. N’est-il pas prudent d’encadrer la possession d’une arme?

– Nous ne sommes pas dans le contexte des Etats-Unis. Dans ce pays, les habitants acquièrent des armes principalement pour se protéger contre la criminalité. Leur état d’esprit, sur ce sujet, n’est pas du tout le même que le nôtre. En Suisse, de par l’armée de milice, une bonne part de la population possède une arme. C’est le Général Guisan qui avait souhaité que l’arme de service reste au domicile du soldat. De père en fils, mais aussi et de plus en plus de mère en fille, on sait maîtriser un fusil, on aime tirer en stand ou lors de concours populaires. Nous n’avons pas besoin d’un monceau de formalités inventées par les technocrates de Bruxelles afin que ceux-ci puissent démontrer qu’ils agissent, même si cela ne sert à rien, face aux vagues d’attentats.  Ces nouvelles mesures n’empêcheront pas les terroristes d’utiliser d’autres moyens pour parvenir à leurs fins en utilisant par exemple des véhicules béliers ou des couteaux. La meilleure des préventions consiste à renforcer notre service de renseignement, les contrôles à la frontière et la police. Le contrôle, oui; les tracasseries et la limitation de la liberté, non!

– Certains de vos collègues policiers estiment que finalement, cette Directive n’est pas si grave. Qu’en pensez-vous?

– Ce que souhaitent les policiers, c’est que les armes soient simplement toutes enregistrées; en revanche, les nombreuses tracasseries de la Directive de l’Union européenne, notamment l’obligation de faire partie d’un club de tir avec examens, vont plutôt encourager la possession d’armes sans que celles-ci soient annoncées à la police. Le trafic clandestin est le vrai problème! Il ne sert à rien de corseter le citoyen suisse alors que dans certains quartiers de villes proches de chez nous, on acquiert sans mal une kalachnikov. Ce référendum vise aussi à dire «stop» à l’agenouillement de nos dirigeants devant les exigences de l’UE. C’est un véritable grignotage des spécificités suisses auquel nous assistons depuis quelque temps. Il faut refuser d’être domestiqués par les technocrates européens, et le premier pas dans cette direction sera de refuser par référendum cette Directive de l’UE. Le peuple doit se prononcer; nous n’allons pas renoncer à des droits que d’autres, pas loin de chez nous, réclament à cor et à cri!

Propos recueillis par François Berset



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