Loi sur les armes

La société civile se réveille

La conférence de presse du Comité «Liberté & Ouverture», groupement apolitique genevois engagé pour le «non» à la révision de la Loi sur les armes, permettait de mieux connaître celles et ceux – issus des forces vives de la société civile – qui refusent de laisser nos pusillanimes autorités compromettre les traditions suisses, faire exploser la bureaucratie et nuire à l’exercice populaire du tir sportif, le tout pour complaire aux exigences de responsables de l’Union européenne particulièrement remontés contre la Suisse. Encore eût-il fallu que les journalistes «genevois» s’intéressassent au sujet: seuls Tout l’Immobilier et L’Agence France-Presse étaient là.

Le Comité «Liberté & Ouverture» et son cercle de sympathisants regroupent des personnalités représentatives d’organisations comme les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation, les Carabiniers genevois, les Jeunes tireurs; on y trouve des officiers supérieurs, des sportifs de haut niveau (de la voile à la montagne), des avocats, des ingénieurs; de nombreux jeunes gens et jeunes filles avaient tenu à venir rencontrer la presse (si elle existait encore) mercredi matin dernier. En fait, on avait là une belle démonstration d’une situation maintes fois constatée: le monde politique bernois, Conseil fédéral en tête, s’aligne sur une exigence européenne; les partis suivent; la presse applaudit et une bonne partie des citoyens sont dégoûtés par la confiscation du débat. Et l’on s’étonne ensuite du désaveu des politiciens par le peuple!

Rien contre l’Europe

En l’occurrence, les arguments du Comité «Liberté & Ouverture» ne manquent pas de pertinence. Son président André Maury précise d’emblée que ses membres n’ont rien contre l’UE ni contre Schengen, mais que comme plus de 125 000 signataires du référendum (un record), ils refusent une révision dangereuse, inutile et imposée sous de fallacieux prétextes.

La nouvelle Directive sur les armes de l’UE, en 2017, prétend lutter contre le terrorisme. En vertu de Schengen, la Suisse se la voit imposer. Berne affirme avoir négocié âprement des exceptions – tenant compte de la situation unique de notre pays de «citoyens soldats» où les armes sont militaires et sont aussi utilisées pour le tir sportif. Serge Vidal, ingénieur et moniteur de tir, dénonce un fatras d’arguments spécieux. D’abord, la Directive qu’on présente comme «ne changeant pas grand-chose» inclut un mécanisme de durcissement automatique tous les cinq ans. L’interdiction totale des armes semi-automatiques pour le tir ou l’obligation d’examens psychiatriques menacent déjà. Ensuite, cette loi est évidemment inopérante contre le terrorisme (aucune arme légale n’a jamais été utilisée dans un attentat), mais va toucher 80% des armes utilisées par les sportifs suisses. Le régime d’interdiction de nombreux fusils et pistolets «classiques» en Suisse va générer un monceau de formalités occupant les policiers et fonctionnaires, d’autant que sur le plan technique, les aberrations du règlement sont multiples: un pistolet avec 9 cartouches est autorisé, mais il est interdit (soumis à autorisation exceptionnelle) s’il en a 10! La même arme – par exemple le fusil d’assaut traditionnellement conservé en fin de service par beaucoup de soldats suisses – aurait deux statuts juridiques: légal si le soldat retraité est bien vivant, mais horriblement suspect de terrorisme si l’homme meurt et que sa veuve ou ses enfants oublient que l’arme dort dans une armoire!

Volonté populaire

Pire: en février 2011, le peuple et les cantons avaient refusé l’Initiative «contre la violence des armes», comprenant notamment la clause du besoin et l’effet rétroactif des dispositions règlementaires. La révision soumise au vote le 19 mai les réintroduit. Enfin, le Comité «Liberté & Ouverture» rejette l’argument clef des partisans de la soumission à la loi européenne: la Suisse risquerait d’être «exclue de Schengen» si ses citoyens refusaient d’abolir ce que Serge Vidal décrit comme une véritable «culture populaire du tir» sans équivalent à l’étranger (la Fédération suisse de tir est la troisième fédération sportive en taille). En cas de non-reprise d’un acte de l’UE, le Conseil fédéral lui-même a précisé en 2004 que «des solutions pragmatiques» seraient trouvées. «On voit mal, faisait remarquer un avocat genevois, pourquoi l’UE se priverait des avantages – en termes notamment de renseignement – d’une coopération policière et judiciaire avec la Suisse».

Avec un taux d’armes à feu parmi les plus élevés du monde, la Suisse a le plus faible taux d’homicides. Comparer la relation aux armes des Suisses – militaires et sportifs – à celle des Américains est simplement malhonnête, souligne un autre participant. La parole est au peuple le 19 mai.

Thierry Oppikofer

 



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