Interview

L’essor des zones industrielles (re)dessine la gestion immobilière commerciale 

Le paysage immobilier du XXIe siècle n’a plus rien à voir avec celui du siècle précédent. Aux immeubles d’habitation sont venus se greffer de nouvelles manières de construire et d’envisager la répartition du bâti. L’ère de la segmentation entre habitat et industrie semble révolue; l’heure est à la mixité et à la mutualisation des espaces. Dans ce contexte, les zones industrielles occupent un rôle clef, trouvant peu à peu leur place dans et aux abords des centres-villes. Ces pôles d’activité requièrent des modes de gestion très particuliers, où savoir-faire et expertise sont incontournables. Le point de vue de Vincent Hamel, sous-directeur responsable du Service gérance chez Gerofinance-Dunand SA.

– Quelle place occupe aujourd’hui l’immobilier commercial en Suisse romande? 

– Une place de plus en plus importante, tant numériquement avec le nombre de bâtiments qui sortent de terre, qu’en termes de superficie. Nous voyons aujourd’hui de véritables pôles industriels émerger, adjacents à des zones d’habitation et de commerces de proximité. Le nombre de mètres carrés disponible est important, se répartissant entre des très gros plateaux plutôt difficiles à louer et des petites surfaces plus prisées.

Si l’offre est très présente, le marché est toujours en mouvement, ce qui nous oblige à nous adapter constamment, à faire preuve d’une extrême flexibilité. Car le paradoxe réside précisément là: si le bâti une fois construit est de l’«acquis» (et ce, a priori, pour de nombreuses années), la demande ne l’est en aucun cas. Et il ne faut pas oublier que les constructions d’aujourd’hui sont le fruit de permis octroyés il y a plusieurs années, à un instant «T» où la demande n’était peut-être pas la même qu’au moment de leur commercialisation.

– Quelles stratégies mettez-vous en place pour équilibrer ce ratio offre/demande dans ce contexte? 

– Nous élaborons notre stratégie en fonction de la spécificité de l’objet, de sa typologie et de son implantation géographique, comme nous l’avons fait par exemple récemment pour un bâtiment industrielle de la Zimeysa (zone industrielle Meyrin-Satigny), dans laquelle nous sommes très actifs. Mais au-delà de la stratégie, notre plus grande force réside dans le fait d’avoir un service de gestion d’immobilier commercial dédié, avec du personnel formé spécifiquement et des outils informatiques appropriés.

Dans le cas de surfaces «brutes» destinées aux activités, les stratégies de commercialisation sont très différentes de celles en vigueur pour les appartements et se mettent souvent en place en réponse aux demandes et aux évolutions du secteur. Le monde du travail actuel change si rapidement que nous nous devons d’adapter l’offre en permanence. Les pépinières d’entreprises, par exemple, peu présentes voilà quelques années et qui éclosent aujourd’hui, nous obligent à repenser le bâti en segmentant de grands plateaux pour créer des espaces individuels, souvent modulables, voire à gérer des espaces dédiés au coworking. Face à ces demandes émergentes, la tendance est aussi aux mouvements d’entreprises, déjà présentes sur le marché romand, et qui souhaitent déménager dans un bâtiment moderne, mieux adapté à leurs besoins.

Nous entretenons avec nos locataires une relation de partenariat qui nous permet de nous adapter au mieux à leurs besoins.

– Comment voyez-vous l’immobilier commercial dans quelques années?

– Avec plus d’un million de mètres carrés en projet dans les dix ans à venir, notre canton ne peut pas compter sur sa seule croissance endémique. La votation sur la RFFA nous permet d’espérer pouvoir attirer à nouveau des multinationales pour occuper les nouvelles surfaces qui seront construites.

Nous pouvons également imaginer que des immeubles plus anciens soient libérés par leurs locataires, au profit d’immeubles plus récents et moins énergivores. Ce qui est certain, c’est que l’avenir nous réserve des changements importants et qu’il n’a jamais été aussi primordial d’être conseillé de manière professionnelle dans ses choix stratégiques de propriétaire.

Propos recueillis par François Berset



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