Concours SPG/Hepia

Une décennie de paysages urbains réinventés

La valeur de l’interdisciplinarité entre architectes et architectes-paysagistes et la haute qualité des projets proposés par les étudiants de ces deux filières de l’Hepia* pour embellir la ville de Genève, tel est le bilan d’un concours ambitieux lancé pour la première fois en 2009, à l’initiative de la Société privée de gérance. En transformant les abords de la gare de Cornavin, le premier prix du concours 2019 résonne comme un voyage prometteur vers une nouvelle décennie.

Voilà dix ans que Thierry Barbier-Mueller, administrateur-délégué de la SPG, a concrétisé un projet qui lui tenait à cœur: aider des étudiants à travailler ensemble sur l’aménagement d’espaces urbains qu’ils considèrent sous-valorisés, voire dépourvus d’usage, pour en changer la vision et surtout la perception. Mené en partenariat avec la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia) de Genève, le concours d’idées intitulé «Paysage urbains: révéler et imaginer» met ainsi chaque année au défi des petites équipes d’élèves en architecture et architecture du paysage. Inclure dans la formation cette mise en commun des approches n’est pas anodin. C’est ce que relève en substance Natacha Guillaumont, responsable de la filière Architecture du paysage. Le caractère qualitatif de la relation entre les deux disciplines ne fait aucun doute; favoriser concrètement le dialogue sur le terrain apparaît d’autant plus nécessaire à l’heure où le bâtiment n’est plus l’élément clef des enjeux urbanistiques.

Les Grottes revisitées

Cette année, cinq propositions impliquant une quinzaine d’étudiants ont été soumises au jury. Trois projets ont été sélectionnés à la fin d’un départage difficile, en vertu de leur pertinence. Le groupe lauréat s’est attaché à la place des Amis, espace hybride au dos de la gare de Cornavin, dans le quartier des Grottes, composé de lieux alternatifs, d’un parking à ciel ouvert et de traces de végétation. Olga Koksharova, Céline Shanice Aka-Adjo et Bastien Pillet en ont fait un espace convivial au bénéfice des voyageurs et des habitants. «Un mini-monde en suspension, une zone d’attente, une zone à vivre», avec sa plate-forme de bois entourée par la végétation spontanée, les arbres au calme et le verger qui renvoie au passé rural du quartier.

Le deuxième projet primé, «Dichotomie végétale» propose un nouveau regard de la Terrasse Agrippa d’Aubigné. Très minéral, ce balcon de la Vieille Ville traité par Mélissa Naert, Mathieu Cerda et Catia Da Cunha Pedro devient le «jardin arboré» de la cathédrale Saint-Pierre, avec une zone de prairie fleurie pour recevoir les performances artistiques estivales.  La troisième place est revenue à Lucas Peyronel, Elisa Corsetti et Damien Cuevas, pour le projet «Constellation», qui convertit la longue couverture des voies ferrées de Saint-Jean en lieu de rencontre avec terrasses, orangerie et belvédère. Cette année, le voyage d’étude du concours a eu lieu à Bâle, financé par la SPG.

Une conviction

Le 24 juin dernier, la cérémonie de remise des prix s’est déroulée en toute décontraction sur la terrasse du siège de la SPG, en présence du jury: Thierry Barbier-Mueller; Dominique Bakis-Métoudi, directrice de SPG Asset Development; Pierre-Alain Girard, directeur général de l’Office du patrimoine et des sites de Genève; Enrico Ferraris, paysagiste du bureau Michel Delvigne et Guy Nicollier, architecte et cofondateur du bureau Pont 12.

Grand connaisseur des forêts tropicales et célèbre inventeur du «mur végétal», Patrick Blanc (tout en chevelure et ongles verts) était au nombre des professionnels et enseignants de l’architecture et du paysage présents à ce rendez-vous stimulant. Créateur de centaines d’ouvrages spectaculaires à travers le monde, c’est aussi celui qui a redonné un nouveau souffle au Jardin de l’Amandolier, route de Chêne, réalisé par la SPG. L’intérêt de Thierry Barbier-Mueller pour les affaires de la Cité ne s’arrête pas à ce concours annuel promu à un bel avenir, le souhait étant que des projets d’étudiants puissent être réalisés ou intégrés à des opérations urbanistiques, grâce à un dialogue constructif avec les autorités genevoises. Au nombre des nombreuses démarches innovantes en faveur des jeunes et de la formation, rappelons notamment le Prix littéraire SPG, rampe de lancement annuelle offerte au premier ouvrage d’un auteur romand publié par un éditeur suisse.

Viviane Scaramiglia

*Nous sommes pleinement conscients du fait que l’Hepia souhaite que l’on la nomme «HEPIA», sans article et en majuscules. Mais nous sommes attachés au respect de la logique de la langue française, et continuerons à parler de l’Hepia, des SIG (Services industriels de Genève) et du Crédit suisse, plutôt que de HEPIA, SIG et Credit Suisse (Réd.).

 



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