Gestion de chantier

Compromis exemplaire à Chêne-Bougeries

A l’occasion du 50e anniversaire du Groupe Montagne (Association des habitants du chemin De-La-Montagne 70 à 134 à Chêne-Bougeries), nous revenons sur une initiative inédite lancée par les résidents d’un quartier en plein bouleversement. Afin d’encadrer les travaux de rénovation et surélévation, une Convention a été signée en 2016 entre les propriétaires insitutionnels zurichois et le Groupe Montagne, composé de locataires aguerris. Cet accord – intégré aux autorisations de construire – ne règle pas tous les problèmes, mais il les encadre, dans l’intérêt des locataires.

L’ensemble résidentiel du n°70 au 134, chemin De-La-Montagne, construit dans les années soixante,  propriété de Swiss Life et du Crédit suisse, accueille dans trois groupes d’immeubles un total de 550 logements. Ce site était jusqu’à récemment un lieu paisible et agréable, jouissant de la proximité de la Seymaz et d’une superbe vue sur les Alpes et le Jura. Deux groupes d’immeubles sur les trois sont aujourd’hui en travaux. Le troisième suivra prochainement.

Le chantier concerne la rénovation des façades, pour en améliorer la performance énergétique, le changement des installations techniques et la surélévation de deux étages. Les nuisances sonores sont très lourdes à supporter, notamment pour les personnes âgées qui ne quittent pas leur logement durant la journée. Le projet de démolition et de reconstruction de l’immeuble abritant le centre Coop implique que le quartier reste en travaux longtemps encore. C’est pourquoi le Groupe Montagne poursuit son action déterminée, en maintenant des contacts étroits avec les propriétaires et en suivant de près les dispositions émises par la Convention de 2016.

Des problèmes aux solutions

Fin 2010, une information défaillante des propriétaires sur les projets de rénovation et surélévation a engendré la consternation des locataires du chemin De-La-Montagne. Comme l’explique Pierre Ischi, membre du Groupe Montagne et ancien responsable du Logement à l’Etat de Genève, «cela concernait surtout la bascule en zone ordinaire des parcelles concernées, qui auraient dû rester en zone de développement. Ce qui change passablement la donne, car cela ne contraint pas les projets à l’élaboration d’un plan localisé de quartier».

Les surélévations prévues vont bouleverser pour longtemps la vie de plus de 1000 habitants, notamment en raison des nécessaires travaux parasismiques. Autre sujet relevé par le Groupe Montagne: «le manque de considération de la part des représentants des bailleurs envers les préoccupations des habitants et les pratiques singulières en matière d’information. Par exemple: l’enquête publique sur le projet de changement de zone a été fixée pendant les Fêtes de fin d’année, entre le 2 décembre 2011 et le 2 janvier 2012!».

Face à cette situation, le comité du Groupe Montagne, appuyé par certains de ses membres spécialisés dans le domaine de la construction, a décidé de se faire entendre auprès des propriétaires et de l’Etat. Grâce à une ténacité sans relâche, il a pu finalement rencontrer les représentants des propriétaires en charge des projets. Pour un contact avec l’Etat, il a fallu attendre l’arrivée d’un nouveau Conseiller d’Etat – Antonio Hodgers – à la tête du Département de l’aménagement et du logement (DALE, aujourd’hui DT). Ce dernier, à la demande du Groupe Montagne, a convaincu les propriétaires de participer à un pool de concertation réunissant Swiss Life, le Crédit suisse et le Groupe Montagne. Les discussions ont débuté en avril 2013 et se sont achevées par la signature d’une Convention le 26 août 2016, un accord qui fait aujourd’hui partie intégrante des autorisations de construire.

Le Groupe Montagne n’a pas réussi à atteindre  son objectif principal: l’abandon d’un programme important de surélévations. Néanmoins, la Convention de 2016 montre bien que face à des propriétaires institutionnels alémaniques, une association de Genevois déterminés peut obtenir la reconnaissance de sa position. «S’il faut être souple sur la forme, il est essentiel de rester ferme sur le fond!», conclut un membre du Groupe Montagne, qui veille au grain et suit les travaux de près pour que la Convention soit respectée de part et d’autre.

Véronique Stein 



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