La fête à Vieusseux: la «Coopé» a cent ans

Fondée le 27 juin 1919, la SCHG, la plus ancienne et la plus grande coopérative genevoise d’habitation à loyer abordable, célèbre son prolifique siècle d’activité, tout en faisant valoir sa vitalité à travers d’importants projets. D’ici quelques années, près de 900 logements s’ajouteront au parc immobilier de la vénérable institution, qui en compte aujourd’hui 1900, répartis dans quelque 80 immeubles.

Dans le bagage des festivités du centième anniversaire, qui se sont déroulées au cœur de Vieusseux voilà quelques jours: une histoire philanthropique et révolutionnaire ancrée depuis le 27 juin 1919 dans la philosophie du «construire et vivre ensemble». Sur fond de crise économique, une utopie au service des revenus modestes, devenue réalité dès 1920 avec la Cité-jardin d’Aïre, puis en 1930 avec la Cité Vieusseux, concept architectural et humaniste d’avant-garde dessiné sur 40 000 mètres carrés dans le quartier des Charmilles par le célèbre et très socialiste architecte-politicien Maurice Braillard.

Six petits bâtiments, 245 logements avec salle d’eau, chauffage central et buanderie commune pour 1500 habitants, dont le quotidien, retracé par Gilbert Dumont dans «Vieusseux. Mémoire d’une cité»*, souligne l’esprit d’entr’aide et de solidarité qui caractérise le long parcours de la «Coopé». Avec les Cités Villars et Franchises réalisées dans les années 50, la reconstruction et densification d’Aïre dans les années 60, la métamorphose de Vieusseux achevée en 1990 pour héberger quelque 600 familles dans un cadre de verdure exceptionnel, puis, au tournant du siècle, la construction d’immeubles à Onex, Carouge et au Grand-Saconnex, cet important acteur de l’immobilier genevois peut se prévaloir d’avoir fait avancer la cause du logement social, tandis que sa bonne santé lui permet d’envisager le futur avec sérénité.  Avec près de 2000 logements et une soixantaine de locaux commerciaux répartis dans 83 immeubles, plus de 2200 sociétaires-locataires jouissant de bas loyers (3022 CHF en moyenne annuelle par pièce), une longue liste d’attente et un bénéfice net de 1,6 million de francs en 2018, la SCHG vit aujourd’hui une nouvelle étape importante de son développement.

Un proche avenir d’envergure

«Nous avons près de 900 logements dans le pipe-line», indique Jean-Pierre Chappuis, directeur de la promotion immobilière de la SCHG. Propulsée par le projet «Papillon» de l’atelier d’architectes Timothée Giorgis, choisi sur concours en 2013, et l’aval donné en 2015 par le Plan localisé de quartier, la restructuration globale du périmètre Vieusseux-Villars-Franchises est désormais sur les rails.

Les deux premiers bâtiments en chantier préfigurent la démolition de quelque 250 logements au profit de 600 autres. Avec eux disparaîtront les derniers petits ensembles historiques. Estimée à plus de 200 millions de francs, la réalisation par étapes devrait s’étaler sur une quinzaine d’années. Bénéficiant d’un droit de superficie octroyé par l’Etat de Genève, une nouvelle réalisation d’une centaine de logements est également planifiée dans le secteur de la Forêt, de l’autre côté de la route de Meyrin. Autre projet ambitieux, celui du site de la caserne des Vernets (1500 logements), auquel la SCHG participe avec sept autres investisseurs. A l’horizon 2024, elle offrira à ses sociétaires 180 appartements.

«L’opération des Vernets ne se limite pas à construire des logements, mais aussi à organiser une qualité de la vie à laquelle les coopératives sont très attentives», déclare Sami Kanaan, conseiller administratif de la Ville de Genève, tout en rendant hommage à la SCHG, pionnière en la matière. Celle-ci sait pourtant que l’attention à la vie collective n’est jamais innée. «Même si, de nos jours, les nouvelles générations de sociétaires s’investissent moins dans l’esprit coopératif, tout est mis en œuvre pour le garder pérenne», affirme avec optimisme le président de la SCHG Jean-Marc Siegrist. «Notre ambition est de renforcer la communication et de continuer à encourager les initiatives qui font de nos quartiers des lieux où il fait bon vivre».

Viviane Scaramiglia

* «Vieusseux. Mémoire d’une cité», 

Gilbert Dumont, éd. Cabédita, 2019, 80 pages.



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