L’insulte faite à Calvin

«Rendez-nous nos Promotions»!

Passant outre la décision du Conseil municipal de février dernier, qui avait enterré le terme très hexagonal de «Fête des écoles» (qui porte semble-t-il la griffe de Jack Lang, ancien ministre français de la Culture), pour rétablir le terme multiséculaire et genevois de Promotions, le Conseil administratif de la Ville de Genève a décidé… de ne rien changer. La conseillère administrative Verte Esther Alder a expliqué à nos confrères de «GHI» (02.07.19), que le terme de Promotions était discriminatoire envers ceux qui n’étaient pas promus, et a affirmé: «Ce n’est pas en apprenant aux enfants à gagner qu’on va construire un monde plus juste» (sic).

Sous la houlette de la conseillère municipale PLR Florence Kraft-Babel, une pétition est lancée pour qu’on rende aux Genevois (en commençant par la Ville, car d’autres communes ont suivi le mouvement, sans davantage consulter leur population) le terme de Promotions, inscrit au Patrimoine immatériel de la Confédération. Le candidat PLR à l’Exécutif de la Ville, Simon Brandt, et Patricia Richard, conseillère municipale, ont cosigné le texte. De nombreux élus de leur parti et d’autres formations, y compris de gauche et d’extrême gauche, ont manifesté leur appui à la suppression d’un nom sans relief imposé voilà une vingtaine d’années.

– Florence Kraft-Babel, défendre le terme de Promotions, est-ce un combat d’arrière-garde?

– Je ne pense pas, car, en inventant les Promotions, Calvin n’était-il pas à l’avant-garde de son temps? D’une part parce qu’il a instauré l’instruction publique et gratuite en créant le collège de Genève – aujourd’hui collège Calvin – et d’autre part parce qu’il est le premier à avoir imaginé une Fête pour les écoliers, que l’on punissait en ce temps bien plus qu’on ne les fêtait: une première dans notre pays. Le terme promotion avait un sens humaniste pour Calvin, dans le sens où il voulait créer une société dans laquelle chacun puisse avoir accès au livre, à la connaissance, et passer ainsi de l’obscurantisme à  l’intelligence. Une promotion des ténèbres à la lumière. Ce combat est plus que jamais d’actualité. C’est donc une fête qui valorise l’apprenant, son chemin joyeux, même si ardu, vers la connaissance. Comment la Mairie de la Ville, Cité de Calvin, a-t-elle pu imaginer en 1998 vouloir rompre avec une si belle histoire, une si belle institution?

– Les élèves non promus se sentent-ils dévalorisés?

– Il leur incomberait de répondre. Pour ma part, l’essentiel est de garder à l’esprit les ambitions du réformateur pour notre Cité en matière d’éducation. «Les éscoles sont un puits d’humanité», disait-il, et il avait soin d’engager de vrais pédagogues pour éveiller l’esprit des enfants. Avec lui point déjà l’intérêt pour les méthodes pédagogiques, qui s’épanouiront un jour avec des Claparède, Piaget et tant d’autres. Et pour ponctuer ce cheminement, il y a des étapes, célébrées ici par la fin de l’année scolaire. C’est donc cette marche que nous fêtons, par un cortège qui – bien qu’instauré plus tard – en exprime l’esprit en réunissant tous ceux qui font l’école, ensemble avec les autorités, et pas le carnet personnel de l’élève. Osons-nous affirmer que, grâce à ce mouvement initié par Calvin en 1559, et grâce aux passionnés de pédagogie depuis des siècles, Genève est devenue un haut-lieu de l’éducation? Je le crois. L’échec scolaire, chez nous, grâce à la qualité des enseignants, n’est pas une fatalité. C’est l’occasion ici de les en remercier. D’ailleurs, à ma connaissance, aucun élève n’a jamais été exclu de la Fête parce qu’il n’aurait pas été promu! C’est donc un faux problème. Et si d’aventure le nombre des échecs venait à augmenter, au lieu de changer l’appellation de la Fête, je préconiserais de questionner la pédagogie, qui ne permettrait plus aux élèves genevois d’aujourd’hui de réaliser l’ambition de Jean Calvin, soit la promotion possible de tous!

– Qui vous soutient dans votre combat? 

– Implicitement, tous ceux qui ne s’y opposent pas! C’est-à-dire des générations de parents, de grands-parents, d’écoliers et de maîtres, qui ont vécu avec cette belle tradition. Les Promotions c’est notre ADN, le défilé avec les autorités de grands souvenirs, de belles photos, notre histoire, nos racines. Et c’est de nos racines que nous forgeons nos ailes. Dès le mois de juin, chacun parle de la Fête prochaine des «Promos» et l’on comprend vite que la population ne s’appropriera jamais un autre terme. Car la nouvelle «Fête des écoles» pose un autre problème: elle ne précise pas que ne sont incluses dans la Fête que les écoles publiques. Les écoles privées en sont exclues. Donc pour être juste, il faudrait préciser:  «Fête des écoles publiques et gratuites»! Cela devient vraiment très compliqué. Alors pourquoi ne pas en rester au nom si simple «les Promotions» et si familier «les Promos», qui résume tout cela depuis 500 ans? D’ailleurs, lorsque vous abordez la question, personne n’arrive à croire que l’on ait voulu y toucher, qu’il faille signer une pétition pour le restaurer….

– Quels espoirs de réussite, puisque le Conseil administratif s’est déjà assis, au nom du politiquement correct et de la lutte contre la «compétitivité», sur une décision du Parlement municipal? 

– Fort heureusement, en 2011, le Conseil d’Etat a répertorié  un certain nombre de traditions vivantes à Genève pour les déposer au Patrimoine immatériel auprès de la Confédération. Les Promotions – sous l’appellation d’origine – en font partie. Les Promotions restent donc de fait l’appellation officielle et il serait désormais bien incongru que la Cité de Calvin veuille s’en écarter. La pétition sera donc déposée au Grand Conseil, comme au Conseil municipal. Pour le Conseil administratif de la Ville, nous savons que, malgré le vote majoritaire favorable d’une motion  en faveur de l’appellation traditionnelle, il a décidé de ne pas nous suivre, préférant ses histoires à notre Histoire. En revanche, mon inquiétude serait de voir ce combat s’engluer dans un affrontement politique de la gauche contre la droite, alors qu’il ne s’agit que de défendre le respect d’une tradition et d’une Histoire. Il me semble que nous devrions pouvoir nous accorder sur ces valeurs.

– D’autres communes (Carouge par ex.) parlent aussi de «Fête des écoles». De prochains objectifs?

– C’est l’expression du fédéralisme; l’appellation varie selon les communes, leurs Exécutifs. Sauf à ce que le Canton en décide autrement. L’objectif principal visé à travers le maintien d’une appellation patrimoniale reste la transmission. Donner l’occasion aux enseignants d’expliquer aux enfants l’origine et l’originalité de cette Fête. De leur faire comprendre comment, 300 ans avant Jules Ferry, avant même la Révolution française, l’école était déjà publique et gratuite à Genève, et pourquoi la seule fête inventée par Calvin l’a été pour les élèves! Promouvoir la lumière contre les ténèbres, c’est cela notre Histoire et la belle histoire des Promotions, qui mériterait de ne pas tomber dans l’oubli.

– Que pensez-vous de l’annulation, pour cause de canicule, du cortège en Ville?

– En principe, on n’annule un cortège que par mauvais temps. Je pense que s’il s’était agi d’une marche pour le climat, ou d’une grève, elles n’auraient pas été annulées! Supprimer le cortège n’était pas une bonne décision. On aurait pu redessiner le parcours, avec un trajet plus ombragé, moins exposé. Espérons que nos climatologues y travailleront à l’avenir, car la joie des petits et des grands autour de cette tradition ne doit pas être entamée, c’est le moins que nous devons à la Fête à Calvin…

Propos recueillis par Vincent Naville

Les listes de signatures (toute personne majeure peut signer) sont disponibles auprès du secrétariat du PLR.

 



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