«S’exiler pour survivre»

Exposition de mémoire et d’histoire de notre région

Combien de fois n’avons-nous pas emprunté l’autoroute des Géants (l’A40) en direction de la Bresse et de la Bourgogne, ou avant de bifurquer vers Lyon et la vallée du Rhône? Combien de fois notre regard n’a-t-il pas été attiré par la tache turquoise d’un lac et, avant de plonger dans l’obscurité d’un des nombreux tunnels jalonnant cette autoroute, n’avons-nous pas rapidement lu le mot Nantua, les plus gourmands y associant alors le souvenir d’une sauce légère et de quenelles de brochet?

Pourtant ce n’est pas à Nantua la gastronome que je veux vous entraîner aujourd’hui, mais à Nantua la Résistante, celle qui fut au cœur du maquis pendant la Seconde Guerre mondiale, celle qui fut marquée par la rébellion face à l’envahisseur nazi, celle qui fut un lieu de passage pour de nombreux condamnés à la déportation et à la mort par les occupants et qui cherchaient à rejoindre la Suisse, lieu de refuge, îlot de paix dans une Europe déchirée.

Dès juin 1940, cette petite ville du Haut-Bugey est située juste en-dessous de la Ligne de démarcation. Cette ligne qui, après l’armistice, partage la France en deux et vient buter sur le nez du canton de Genève, à la sortie du Rhône à Chancy-Pougny, va jusqu’à l’embouchure de la Valserine à Bellegarde, puis remonte la Valserine jusqu’à sa source, avant de ménager un étroit couloir de territoire occupé entre la zone libre et la Suisse, le long de la route de la Faucille. Cette ligne traverse le département de l’Ain, passe par Bellegarde-sur-Valserine, au nord, c’est la zone occupée, au sud la zone dite libre et dépendant au gouvernement du Maréchal Pétain installé à Vichy. Seul le Pays de Gex se trouve intégré à une zone réservée et interdite, gérée par les autorités allemandes. Cette situation dure jusqu’au 11 novembre 1942, date à laquelle les Allemands franchissent la Ligne de démarcation et déploient leurs troupes sur toute la France, sauf le sud-est, réservé à leurs alliés italiens. L’Ain connaît alors une double occupation: italienne dans une zone comprise entre Belley et Nantua, allemande dans le reste du département. En septembre 1943, les Italiens se retirent et les Allemands occupent seuls l’ensemble du territoire français.

Un vivier de Résistance

Dans cette région aussi tumultueuse géographiquement et politiquement, fortement attachée aux valeurs républicaines, l’opposition à l’occupant s’organise. Nantua et sa jumelle la ville d’Oyonnax deviennent des centres pour la Résistance. Dès l’instauration, en février 1943, du Service de Travail Obligatoire (STO) en Allemagne, le maquis de l’Ain voit affluer des jeunes réfractaires au STO.

Des Juifs parviennent également dans cette région.  Si certains, les plus jeunes, rejoignent le maquis, la majorité tente d’arriver en Suisse. Cette Suisse terre d’asile rêvée pour ces familles, ces hommes, ces femmes, ces enfants traqués et terrifiés. Terre d’asile, la Suisse ne le sera toutefois pas pour tout le monde et plusieurs refoulements condamneront à jamais des candidats au refuge. Nantua s’est dotée d’un riche Musée de la Résistance et de la Déportation. Installé dans l’ancienne prison de la ville, jouxtant le Palais de Justice, ce Musée est une étape obligatoire pour les habitants du Grand Genève s’intéressant et aimant notre région, de part et d’autre de la frontière.

Support de mémoire

Les visites d’imposent d’autant plus cette année qu’une exposition captivante, «S’exiler pour survivre: passages clandestins des Juifs en Suisse 1942-1944», s’y tient jusqu’au 15 novembre prochain.

Sobrement et très bien racontées, l’Histoire et la Mémoire se frôlent, se croisent, s’entremêlent et nous emportent à travers les chemins suivis par treize groupes ou familles juives contraints à la fuite. Ils viennent d’Allemagne, de Belgique, de Hollande, du Luxembourg, de France et ne veulent qu’une chose: sauver leur vie en traversant une frontière embarbelée et surveillée, tant du côté français que du côté suisse.

Outre les passages clandestins pendant les différentes périodes de l’Occupation, itinéraires, arrestations, refoulements, déportations, les responsables de l’exposition ont tenu aussi à mettre l’accent sur l’entraide rencontrée par les candidats à l’asile. Tous: membres des différents réseaux de sauvetages, passeurs, hommes et femmes solidaires et engagés dans une dizaine d’institutions ou organisations d’entraides chrétiennes, juives ou publiques, tous étaient indispensables au trajet et au passage vers la Suisse. Sans eux, qui risquaient également leur vie, il était impossible d’y arriver. L’Ain compte actuellement vingt-cinq personnes titulaires de la médaille de Juste parmi les Nations. Parmi elles, René Nodot, le premier Juste du département de l’Ain (nommé en 1974), qui a sauvé plus de 200 Juifs.

Illustrée par une riche iconographie, photos et cartes notamment, cette exposition met également à disposition du public une borne interactive comprenant des séquences documentaires thématiques narratives de quelques minutes, illustrées par des documents d’archives, des images plus contemporaines et commentées. Habitants de notre région, en Suisse ou en France, touristes, vacanciers, cette exposition nous concerne tous. Elle est histoire, mémoire et actualité. Ne la manquez pas. Vous ne regarderez plus du même œil nos paysages, nos villes et nos villages.

GROS PLAN

Informations pratiques

Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Ain 

3, montée de l’Abbaye 

01130 NANTUA 

Tél. +33 (0) 4 74 75 07 50 

www.patrimoines.ain.fr 

Ouverture du musée 

Du 1er mars au 15 novembre 2019 

Du mercredi au lundi de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h 

Ouvert les jours fériés sauf le 1er novembre.

Groupes (sur réservation): du 1er janvier au 15 novembre, sur rendez-vous. 

Animations autour de l’exposition 

– Visites guidées tous les jeudis à 15 h, en juillet-août (sauf le jeudi 15 août) .

– Randonnée «Mémoire» sur le Pays de Gex sous l’Occupation: samedi 7 septembre et samedi 26 octobre (sur réservation).

Tarifs (individuels) 

Entrée du musée: 7 € / 4 €/ gratuite 

Animations: 3 € en supplément 

Le billet d’entrée au musée donne accès aux expositions. Il est valable toute la journée. 

Accès 

45 min de Bourg 

1 h de Lyon 

1 h de Genève

Claire Luchetta-Rentchnik



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