Eloge du jardin sauvage à Châtelaine

Et vogue «La Fenice»!

Sur l’avenue de Châtelaine s’élève «La Fenice», immeuble d’habitation hautement écologique, créateur d’un refuge offert à la biodiversité dans l’interstice d’un espace urbain en fort développement. Telle est la réalisation novatrice de la Fondation des Maisons Communales de Vernier (FMCV), inaugurée virtuellement fin avril.

Fresque de l’artiste Marion Jiraneck réalisée dans la cage d’escalier, la clématite qui grimpe à l’assaut des étages donne le ton de cet immeuble rose qui déploie ses balcons translucides comme des ailes. Erigé en lieu et place d’un ancien locatif énergétiquement déficient, à l’angle du No 78 de l’avenue de Châtelaine et du 2, chemin de Maisonneuve, il favorise la biodiversité jusque sur le toit. Même le couvert de la Coop offre sa végétation, ses petites buttes, ses branchages et son étang pour étancher la soif des oiseaux et des insectes du quartier, tandis que l’entrée du supermarché agrémentée de bancs, de verdure et d’un futur grand arbre fait rempart au bruit de l’avenue, au nom de la convivialité.

Malgré l’exiguïté du terrain alentour, la FMCV, très concernée par les questions environnementales et la qualité de vie des habitants, a tenu à réaliser un projet exemplaire et novateur, en phase avec le programme cantonal de la «Nature en ville». Du concept développé avec la DGAN (Direction générale de la nature et de l’agriculture de l’Etat de Genève) et l’Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture) naît ainsi ce printemps la première éclosion verte sur 585 m2 de toiture. A l’arrière du bâtiment, dans l’interstice avec l’immeuble voisin aménagé sur une partie des excavations, un délicieux jardinet naturel de

140 m2 prend vie sur les plates-bandes plantées majoritairement d’herbacées et d’arbustes indigènes, tandis que les passages en tuiles concassées deviendront une prairie maigre et que des nichoirs seront bientôt installés. Dans ce mini-paysage mené sous l’œil expert de Christina Meissner, députée au Grand Conseil, fondatrice du refuge SOS Hérissons et référente du projet «La Fenice» au sein du Conseil de Fondation de la FMCV, une partie du mur nord végétalisé favorisera le développement expérimental de mousses. Un projet pionnier à Genève, destiné à l’observation de la «mico-faune dans la micro-forêt». Pour les habitants alentour, inquiets d’une opération constructive «tout béton», c’est le grand soulagement, d’autant que rien ne vient perturber la quiétude du lieu, grâce à un sas extérieur pour le trafic des camions de la Coop et à un mur antibruit.

«La Fenice», symbole de deuxième vie 

«La Fenice» fut, à cet endroit, le nom d’un restaurant italien bien connu; c’est aussi la traduction du phénix, l’oiseau légendaire qui renaît de ses cendres. Il aura toutefois fallu dix ans de négociation avant que le projet de l’immeuble prenne son envol. «Articuler un programme sur trois parcelles, la principale (634 m2) détenue par Francesca Da Riva, propriétaire de l’ancien établissement, les deux autres appartenant à l’Etat de Genève et à la Commune de Vernier (respectivement 306 m2 et 406 m2) et accorder les violons des trois intervenants sur l’épineuse question des droits de superficie ont nécessité bien des négociations», commente Edouard Galley, vice-président de la FMCV. L’Etat, dans l’impossibilité de vendre à cause de son droit de préemption, a finalement cédé son lot à la Commune qui, suite à un arrangement avec la propriétaire privée, a confié le projet à la FMCV. Quant au constructeur intégral genevois Bat-Mann, mandaté à fin 2017, il a retenu le projet structurel de Pierre Dufour, architecte entre-temps retraité, tout en redessinant les généreux espaces intérieurs. Démarré en février 2018, le chantier a livré au final 14 appartements LUP (3 à 5 pièces) sur quatre niveaux et 2 PPE (Zdloc) de 4 pièces ceintes de terrasses en attique, aux mains de Mme Da Riva. Habité avant la fin des aménagements extérieurs, l’ensemble est étagé sur la galette commerciale de la Coop, alors la plus petite de Suisse, qui a aujourd’hui pris l’ampleur d’un vrai supermarché de proximité.

L’apparence du bâtiment exprime le défi acoustique qui compte au nombre des valeurs écologiques maximisées dans cette réalisation pour l’obtention du label Minergie P. Outre les balcons aériens, trois parois phono-absorbantes se déroulent verticalement au centre de la façade et un vitrage extérieur, mis en imposte, protège les chambres du bruit tout en laissant circuler l’air. Pour Martin Staub, maire de Vernier, «ces nouveaux logements abordables sont une étape importante dans ce quartier de Châtelaine en plein bouleversement». Fondation de droit public créée en 1982 par la Ville de Vernier, la FMCV poursuit ainsi sa trajectoire, le but étant de créer et mettre à disposition des logements et locaux professionnels aux meilleures conditions, en donnant la priorité aux habitants de la Commune.

Viviane Scaramiglia



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