«L’après Covid-19: oui, le rêve peut devenir réalité»

«Crise du Covid-19 – Quels diagnostics? Quelles espérances?»: tel était le thème de la récente «webconférence» organisée par le fonds d’investissement Proclero (*). Avec deux intervenants: Pierre de Lauzun, président de l’Association des économistes catholiques, a fait un brillant diagnostic de la crise. Tandis que Don Pascal-André Dumont, économe général de la Communauté Saint-Martin et président du Comité de pilotage de Proclero, s’est projeté dans l’avenir en présentant les cinq nouveaux modèles qui peuvent naître de cette pandémie. Une vision positive et optimiste. On trouvera ici les trois premiers modèles; les deux autres feront l’objet d’un second article, la semaine prochaine.

Pour Don Pascal-André Dumont, cette crise de 2020, parce qu’elle est mondiale, concernant presque tout le monde et tous les secteurs, est une belle opportunité pour s’interroger sur les nouveaux modèles dont notre monde a besoin. Et il en voit cinq.

1. Un nouveau style de vie centré sur la personne humaine

Pour fonder ce nouveau style de vie, il faut partir du premier principe de la Doctrine sociale de l’Eglise  catholique: la personne humaine, son identité et sa vocation.

Ce nouveau style de vie doit donc traduire les vrais besoins de l’homme. Cela concerne la manière de vivre (nouveau rapport au temps, moins de stress, de pression), de consommer (plus naturel, plus qualitatif, plus local), de se déplacer (plus attentif à l’environnement, plus de partage des transports), de vivre les relations (plus de proximité, plus de qualité, plus de gratuité, plus de solidarité), de se détendre (plus de sport, de repos, de joies simples).

De plus, il faut insister sur deux points qui émergent de l’expérience du confinement:

* La famille et la redécouverte de son rôle indispensable. Sa présence a été un soutien précieux; son absence, une épreuve douloureuse. Cette expérience montre donc que ce nouveau style de vie ne peut que donner une place centrale à la famille, comme sanctuaire des relations vitales pour l’homme.

* Le travail et sa place dans la vie de l’homme. Non seulement le travail s’est arrêté net ou s’est transformé en télétravail, non seulement certains métiers, peu valorisés habituellement, se sont avérés décisifs durant la crise (soignants, agriculteurs, livreurs, éboueurs…), mais cette crise peut accélérer un processus de destruction massive d’emplois, sans compter ceux qui disparaissent avec les innovations technologiques, même si elles en créent de nouveaux.

A tout cela, il faut ajouter que tant de personnes souffrent dans leur travail, ne sachant pas harmoniser vie professionnelle et vie privée, ne parvenant pas à trouver un sens à leur travail. D’un autre côté, des voix s’élèvent pour libérer l’homme du travail, en lui donnant un revenu universel. Autant dire que le travail est sens dessus-dessous.

Ce nouveau style de vie ne peut que repenser en profondeur la place du travail dans la vie de l’homme, en étudiant le lien qui existe entre le travail et la dignité de l’homme. La compréhension de ce lien est essentielle pour dessiner les différentes formes que pourra prendre le travail.

La famille et le travail sont donc des éléments fondamentaux de ce nouveau style de vie.

2. Un nouveau modèle de société solidaire et centripète

Le Pape François ne cesse de répéter que «tout est lié». La crise actuelle en est une parfaite démonstration: d’une crise sanitaire locale, on est passé à une crise économique, sociale et financière mondiale.

Qu’on le veuille ou non, à tous niveaux, les hommes, les sociétés, les économies, les entreprises, les institutions financières, les pays sont liés les uns aux autres. N’est-il pas temps de laisser tomber ce modèle de société à bout de souffle qui, rongé par l’individualisme, creuse les disparités en tout genre, jusqu’à créer des formes d’exclusion insoutenables? On voit bien que la somme des intérêts individuels, la notion d’intérêt général et d’utilité sociale ne suffisent pas à la cohésion sociale.

Tout cela appelle un nouveau modèle de société, construit sur cette solidarité fondamentale entre tous les hommes, à partir de laquelle doit se forger une conscience collective d’un bien commun à respecter et à servir. Dans son encyclique «Laudato si’» de 2015, le Pape François appelle à sauvegarder ce bien commun par excellence qu’est la «maison commune». Il s’agit bien sûr de l’environnement, mais au centre duquel se trouve la personne humaine dans ses besoins vitaux, dans son bien, dans sa qualité de vie, dans son épanouissement; la personne humaine faisant corps avec toutes les autres et travaillant avec elles à une vie en société fondée sur la justice et la paix.

Ce nouveau modèle de société coïncide avec ce que le pape appelle l’écologie humaine intégrale. Mais il ne pourra être que le résultat de l’alliance entre, d’un côté, l’application du principe de subsidiarité dans l’organisation de la société et, de l’autre, la participation responsable de chacun, personnellement et selon ses capacités, et de tous les corps intermédiaires.

Le confinement a montré que les pays organisés selon le principe de subsidiarité, et donc avec un sens des responsabilités plus proche des réalités du terrain, ont été plus efficaces dans la lutte contre la pandémie. Ils sont et seront probablement aussi ceux qui surmonteront le plus vite les conséquences douloureuses de cette crise.

La crise sanitaire a également montré que la participation de chacun, par ses comportements responsables, était nécessaire pour en sortir. Ce nouveau modèle de société est à construire à partir d’en-bas, au plus près de la personne et de son tissu de relations. Il s’agit de passer d’un modèle de société centrifuge qui rejette sur les périphéries ceux qui ne correspondent pas à la norme sociale, à un modèle centripète qui accueille en son sein même les personnes les plus fragilisées (personnes âgées, handicapées, marginalisées de toute sorte). Il s’agit de passer d’une société d’exclusion à une société d’inclusion.

3. Un nouveau rôle de l’Etat, concentré et efficace

A force de vouloir tout faire et tout tenir, l’Etat finit par mal faire ce que lui seul peut et doit faire. Un Etat tentaculaire et dispersé est d’autant plus vite mis à terre qu’il n’est pas capable de discerner là où sont les dangers réels et qu’il n’est pas assez souple pour pouvoir réagir vite, fort et bien. Il prend alors le risque de décisions décalées, voire brutales, avec des contradictions dans ses options et dans sa communication.

Cette crise a révélé plus que jamais le besoin d’un Etat concentré et efficace. En effet, il ne s’agit ni de se perdre dans le rêve ultralibéral de la disparition de l’Etat, ni de renforcer l’idée d’un Etat-Providence qui doit tout faire. «L’Etat paiera, quoi qu’il en coûte». Cette phrase martelée dès le début de la crise par les plus grands représentants de l’Etat un peu partout peut rassurer dans un premier temps. Mais, à la réflexion, elle soulève beaucoup de questions et d’inquiétudes. Elle pourrait être très lourde de conséquences politiques à l’avenir, si elle devenait l’antienne de tous les mécontents.

Un Etat plus subsidiaire permet que les décisions se prennent par ceux qui sont au plus près des situations concrètes. En retour, délesté de tout ce qui peut être fait et porté par la base, l’Etat peut davantage se concentrer sur ses missions fondamentales, et y être plus ambitieux, plus prospectif et plus créatif.

L’Etat est face à d’énormes défis qu’il ne relèvera pas en se contentant de dépenser plus, mais en cherchant résolument à être plus efficace en dépensant mieux. Il suffit de penser à l’endettement public et à la création de monnaie systématiques, qui créent une pollution durable de tout le système.

L’Etat doit être concentré et efficace pour affronter cette question essentielle de l’écologie de la dette publique.

GROS PLAN

«Prendre Dieu au sérieux sans se prendre au sérieux»

Dépendant directement du Saint-Siège et installée à Evron (département de la Mayenne, nord-ouest de la France), la Communauté Saint-Martin est une association de prêtres et de diacres vivant leur apostolat en communauté au service des diocèses. Elle forme plus de 100 séminaristes sur un modèle simple: intense vie communautaire, richesse de la liturgie, exigence des études, souci de mobilité et… humour. Envoyés au moins par trois, les prêtres et diacres prient, vivent et travaillent ensemble dans une fraternité spirituelle et pastorale. Elle compte aujourd’hui 153 prêtres et diacres, envoyés dans 22 diocèses en France et à l’étranger (Italie et Cuba). «Prendre Dieu au sérieux sans se prendre au sérieux». C’est ainsi que les prêtres et diacres de la Communauté aiment à se définir. Fribourgeois, Don Dumont en est l’économe général.

Michel Levron-Paris

Prochain article: «Une nouvelle économie».

 (*) Créé en 2012 à l’initiative de la Communauté Saint-Martin et de Meeschaert Asset Management, Proclero poursuit trois grands objectifs: la responsabilité morale des investisseurs; le financement de la formation des prêtres; la promotion de la Doctrine sociale de l’Eglise catholique.

 



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