La Société Privée de Gérance a 60 ans

Cap tenu pour une entreprise familiale

C’est l’une des plus mythiques régies de la place, et elle conserve depuis des décennies une image d’entreprise solide. Avec maintenant trois générations successives, l’entreprise familiale œuvre à maintenir des valeurs érigées en totem, instiguées il y a soixante ans par Jean Paul Barbier-Mueller, entretenues et développées par son fils Thierry et aujourd’hui habilement pilotées par Marie et Valentine. Retour sur une success-story familiale genevoise.

C’est en 1960, à seulement 30 ans, que Jean Paul Barbier-Mueller fonde la Société Privée de Gérance, spécialisée dans la gestion locative et la construction d’immeubles. En dix ans, la structure s’accroît grâce à un développement progressif savamment dosé et aux rachats de différentes régies. Epaulé par des outils de communication novateurs et un sens aiguisé des affaires, Jean Paul Barbier-Mueller fait grandir la régie et devient l’un des plus importants acteurs immobiliers genevois. L’expansion continue en 1988, lorsque la Société Privée de Gérance se régionalise en s’associant avec la régie vaudoise Rytz & Cie, consolidant ainsi la position des deux entités (qui ouvriront aussi une implantation à Lausanne).

Les années nonante marquent un tournant pour la structure et le groupe SPG-Rytz devient la référence romande en matière de promotion et de gérance immobilière, développant le concept de gérant unique. Une internationalisation du groupe est amorcée en 2000, lorsque le groupe noue de prestigieux partenariats avec des mastodontes de l’immobilier mondial tels que Christie’s International Real Estate ou encore Cushman & Wakefield. Cette période marque également la création de SPG Intercity, spécialisée en immobilier commercial.

Attaché aux valeurs familiales, Thierry Barbier-Mueller succède à son père à la direction de l’entreprise et devient administrateur-délégué et CEO de la régie, devenue en quarante années une marque et un symbole. Aujourd’hui emmenée par une troisième génération, énergique et proactive, la Société Privée de Gérance se modernise sans cesse et se numérise, toujours dans le respect des valeurs fondatrices qui ont fait le succès de l’entreprise, misant plus que tout sur l’humain et le développement durable.

Force de travail et vision pérenne

Les entreprises familiales ont souvent en commun de faire porter aux nouvelles générations le poids de leurs aînés. Quand l’héritage est considérable, reprendre l’entreprise familiale peut se transformer en véritable fardeau. Mais lorsque le testateur a pris le temps de préparer son successeur et que l’héritier est aussi impliqué que le fondateur aux origines, la transmission est facilitée et le passage de relais assuré. Aujourd’hui, ce sont la deuxième et la troisième génération qui se partagent les rênes de l’entreprise. D’un côté Thierry Barbier-Mueller et ses trente ans d’expérience, de l’autre ses deux filles aînées (NDLR: Thierry Barbier-Mueller a cinq filles), fortes de leur jeunesse et de leur érudition.

– Avec plus de 220 collaborateurs, comment prépare-t-on l’avenir d’une société familiale? Quels sont les objectifs de la troisième génération face au symbole d’un soixantième anniversaire? Comment se met en place la succession effective d’une direction familiale? Autant de questions qui se posent et auxquelles a répondu la famille Barbier-Mueller. 

– «Nous sommes en effet à un tournant» commence Valentine Barbier-Mueller. «Ma sœur Marie et moi-même souhaitons permettre à l’entreprise de se développer, en lui donnant les moyens de conserver et d’enrichir ses avantages concurrentiels. Grâce au travail de notre père, et de notre grand-père avant lui, la régie bénéficie aujourd’hui d’une position consolidée. Nous voulons capitaliser sur ce qui a été accompli avant nous et continuer à épouser une philosophie de croissance maîtrisée, humaine et qualitative, plutôt que de poursuivre une course au volume d’affaires. En tant que représentantes de la troisième génération, nous avons notre rôle à jouer en apportant un regard neuf sur le métier et en contribuant à accélérer la transition digitale de l’entreprise. Nous nous reconnaissons dans la phrase de Gustav Mahler disait: «La tradition c’est transmettre le feu, pas vénérer les cendres».

Et pour cela, la relève peut compter sur cinq filles. Le fait d’être plusieurs «successeurs» pourrait même être un facteur de croissance pour l’entreprise. Il y a quinze années d’écart entre l’aînée et la benjamine, soit une demi-génération. Cela permet d’envisager une vision familiale protéiforme, porteuse et pleine de relief. D’autant que nous pouvons compter sur notre père pour nous épauler. Aujourd’hui, nous avons la chance de travailler les trois dans un climat de grande confiance, ce qui d’une part permet une bonne répartition des responsabilités, et d’autre part nous donne l’opportunité de réaliser nos propres expériences. Tout au long de ce processus de transmission, comme cela a été le cas pour notre père, nous héritons de certaines valeurs que nous souhaitons maintenir au cœur de l’entreprise. L’exigence, la recherche de la qualité, le respect et l’éthique en font partie».

– Quelle stratégie souhaitez-vous prendre pour les années à venir? C’est au tour de Marie de prendre la parole. 

«Grâce à la taille de notre groupe, nous disposons d’une certaine «profondeur» de ressources. Cela nous permet de nous organiser en pôles ultraspécialisés, constitués de collaborateurs experts dans leur domaine. Notre mission est de créer de la valeur pour nos clients, en leur offrant une gamme globale de services immobiliers complémentaires et spécialisés: de l’étude et du conseil d’investissement et de valorisation à la gérance, au courtage et au pilotage de projets. Répondre à tous les besoins est primordial pour se différencier de structures généralistes, parfois trop approximatives. Notre polyvalence nous permet de miser sur l’offre de services hautement qualitatifs, et c’est notre premier atout. La qualité a un prix, mais l’absence de qualité à un coût».

Des valeurs avant tout

– Une entreprise d’envergure comme la SPG a inévitablement un rôle économique. Mais quand elle est incarnée par une famille, celle-ci lui insuffle ses propres valeurs. Elle revêt donc un rôle social et se doit d’être engagée. Comment cela se manifeste-t-il? 

– «Notre réputation, tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel, nous engage d’une manière forte», reprend Valentine.  Nous sommes conscientes des responsabilités liées à notre fonction et nous nous efforçons de maintenir l’humain au centre. L’une des phrases clefs de notre entreprise, «100% digital et 200% humain», illustre bien cette philosophie. Aujourd’hui, l’un des enjeux les plus importants est d’implémenter les outils qui vous nous permettre de devenir collectivement encore plus «intelligents» et d’automatiser le plus de tâches répétitives et chronophages possible, afin que nos collaborateurs puissent se concentrer uniquement sur les tâches à haute valeur ajoutée. C’est une vision ambitieuse, mais nous sommes convaincues de sa pertinence. Nous souhaitons d’ailleurs à travers cet anniversaire exprimer tout notre gratitude envers nos collaborateurs pour leur engagement et leurs contributions qui permettent à l’entreprise de poursuivre sa mission. Nous sommes fières de compter dans nos équipes des collaborateurs présents depuis plusieurs décennies et qui ont travaillé avec les trois générations. Caroline Hermès, réceptioniste à la SPG depuis 1984, témoigne: «La SPG est une entreprise familiale où j’ai connu trois générations: le grand-papa, le papa et les petites-filles. La pérénité de l’entreprise et sa taille humaine me plaisent!». «Cela nous motive à continuer à œuvrer pour l’épanouissement de chacun, reprend Valentine, et à mettre tout en œuvre, notamment grâce à la formation, pour qu’un collaborateur puisse grandir professionnellement, se perfectionner et se développer avec l’entreprise. C’est la chose à faire, et les soixante années passées  l’ont prouvé. Un autre des fondements de la Société Privée de Gérance est son engagement pour le développement durable. Nous avons mis en place différentes actions à l’occasion de nos 60 ans, comme l’opération «un bail un arbre», qui consiste à planter un arbre à chaque signature de contrat, que ce soit d’embauche, de vente ou de bail. Nous en sommes déjà à 600 arbres plantés depuis le début de l’année et espérons doubler ce chiffre. La crise sanitaire nous a également amenés à renforcer notre engagement social en offrant des repas aux plus démunis et en organisant des collectes à l’interne au profit de différentes associations. Outre cela, nous prolongeons également l’œuvre initiée par nos grands-parents en soutenant la culture, la littérature et l’architecture. Le siège de la Société Privée de Gérance fait d’ailleurs en quelque sorte office de symbole de tous ces engagements puisque ce bâtiment, construit par notre grand-père et modernisé par notre père, est le fruit d’une histoire de transmission, mêlant architecture, art et développement durable».

Jean Paul Barbier-Mueller disait: «Les possibilités existent toujours pour qui est prêt à innover et à travailler» et, en soixante ans, la Société Privée de Gérance a largement démontré sa capacité au travail et à l’innovation. La troisième génération en place promet d’évoluer dans le respect de la tradition, et soyons assurés qu’elle est éclairée par l’intensité du feu de l’avenir.

Maximilien Bonnardot



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