Défense aérienne

«Nos avions sont complètement dépassés»

Pour assurer la sécurité de l’espace aérien, la Suisse doit pouvoir acquérir une nouvelle flotte. Le 27 septembre, il faudra dire «oui» à la sécurité aérienne. C’est ce que plaident les connaisseurs des questions de défense, tandis que la vidéo des élucubrations antimilitaristes de l’ancien syndic de Lausanne Brélaz au Conseil national fait les délices des chansonniers et internautes – notamment belges -, donnant une image de la Suisse oscillant entre radinerie, comique paysan et égoïsme un peu lâche (aux pays voisins de nous défendre!).

C’était il y a bientôt 20 ans, mais la tragédie reste dans toutes les mémoires. Les événements du 11 septembre 2001 ont – hélas! – démontré la vulnérabilité de l’espace aérien. Jusqu’ici, la Suisse a certes été épargnée par des attentats, mais rien ne nous indique qu’elle en serait à l’abri. Des attaques terroristes peuvent survenir à terre et par les airs. D’où la nécessité de posséder une défense coordonnée – sol-air et avions de combat – mobilisée 24h sur 24. «Pour rester libre et souverain, notre pays doit absolument contrôler son espace aérien. Il est hors de question de recourir à des avions de chasse étrangers», indique la conseillère nationale Céline Amaudruz.

Le 27 septembre prochain, le peuple devra se prononcer sur l’achat de nouveaux avions de combat. Depuis quelques semaines, la bataille fait rage entre les partisans et les opposants de ces nouveaux avions, dont les modèles ne seront choisis qu’après la votation, si le «oui» l’emporte naturellement. Comme pour l’achat des Gripen, en mai 2014, la gauche, le PS en tête, utilise des arguments qui font mouche dans la population genevoise. Elle juge que les six milliards alloués aux futurs avions de combat seraient plus utiles dans le domaine de la santé, de la protection du climat, ou dans la préservation de places de travail en ces temps de crise sanitaire. Elle prétend que cela représente 24 milliards, soit quatre fois plus cher que prévu. Un argument immédiatement réfuté par Murat Alder, vice-président du Comité genevois Air 2030 – OUI à la protection de la Suisse, association représentant les partis du centre et de la droite, les principales associations économiques, ainsi que les sociétés militaires et patriotiques: «Ce sont six milliards qui sont prévus par le Conseil fédéral, avec un texte officiel à l’appui. L’argent, quoi qu’il en soit, ne pourra pas être utilisé ailleurs. Il est capital de rappeler que le financement est entièrement pris sur le budget ordinaire de l’armée et qu’aucun centime n’est prélevé dans la santé, le social ou l’éducation».

Appareils en fin de vie

Le débat tourne en réalité, comme lors des précédentes votations sur le sujet, autour de l’existence même de l’armée, en tant que telle, dans notre pays. Une chose est pourtant sûre: la flotte actuelle de nos avions de combat est complètement dépassée. Avec le refus enregistré lors de la votation sur le Gripen en 2014, les avions de combat Northrop F-5 E/F «Tiger II» datant des années 1970 n’ont pas été remplacés. Ils sont depuis un certain temps déjà devenus obsolètes et vont être retirés complètement du service. Les F/A-18 arriveront à la fin de leur durée d’utilisation au plus tard vers 2030.

On se souvient tous de de cet incident survenu l’été dernier, lorsqu’un escadron de la patrouille suisse a raté un objectif d’environ six kilomètres, en Suisse alémanique. L’explication? Les pilotes de notre armée disposent d’instruments de plus de 40 ans…  La navigation se fait encore avec une carte, un feutre et à la vue. Pas avec un GPS.

Rappelons que le peuple ne vote pas sur un modèle d’avion particulier pour le moment, mais sur le principe de renouvellement de la flotte aérienne. Et pour une ville internationale comme Genève, c’est évidemment important, fait remarquer Philippe Fleury, président du Comité genevois Air 2030 – OUI à la protection de la Suisse. «Pour continuer d’assurer la sécurité de la Genève internationale, nous avons besoin d’avions de combat dignes de ce nom. La Suisse, pays hôte, se doit d’assurer la sécurité des organisations internationales que nous abritons. Seules les forces aériennes peuvent le faire. Sans cette couverture aérienne, on peut craindre que les organisations internationales et les conférences qu’elles abritent quittent la Suisse ou délocalisent leurs conférences».

GROS PLAN

Des affaires pour la Suisse!

On parle beaucoup de sécurité au cours de cette campagne, moins des affaires compensatoires. Un argument complémentaire qu’on ne saurait écarter, en particulier dans le contexte de récession économique que nous vivons. Les affaires compensatoires, c’est quoi? Ce sont toutes les catégories d’affaires de compensation réalisées dans le cadre d’acquisitions d’armements à l’étranger. Ce principe, qui ne constitue en rien une subvention, est très répandu dans le monde. Les pays qui acquièrent un matériel militaire sans avoir l’industrie nécessaire à le fabriquer intègrent des affaires compensatoires dans leurs contrats. Les fournisseurs et leurs sous-traitants garantissent ensuite de compenser les achats du matériel par une somme équivalant à plus de la moitié du contrat.

Les effets sont directs: d’une part, une partie des pièces du matériel seront fabriquées en Suisse et, d’autre part, des contrats seront confiés au reste de l’industrie de notre pays. Les effets indirects existent aussi parce que les affaires compensatoires engendrent le transfert de savoir-faire technologique et génèrent des contacts sur le plus long terme. Si le peuple suisse accepte le vote sur la sécurité aérienne, les entreprises étrangères qui se verront confier des mandats devront compenser 60% de la valeur contractuelle par l’octroi de mandats en Suisse, dont 20% directement et 40% indirectement dans des domaines liés à la sécurité. Afin de garantir que toutes les régions y trouvent leur compte, une répartition a été fixée: 65% en Suisse alémanique, 30% en Suisse romande et 5% en Suisse italienne.

Maxime Derejat

 



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