Mieux que Netflix

Lire, c’est s’évader du gris quotidien

On dit volontiers que le livre est mort, ou pour le moins moribond, à cause du développement d’Internet et de l’omniprésence des écrans. Pourtant – et Tout l’Immobilier en parle régulièrement – de nombreux ouvrages paraissent chaque semaine, rencontrant le succès. Fait réjouissant, beaucoup sont édités en Suisse. Une petite sélection pour semi-confinés et à l’approche des Fêtes.

L’or blanc des Alpes

«Les glaciers», magnifique ouvrage de photos proposé par Martin Fardey, arpenteur infatigable de ces géants menacés mais indissociables de la montagne et de la Suisse, nous fait redécouvrir quarante glaciers, presque tous valaisans. Leur signification historique (ils ont littéralement créé, grâce à une poignée d’Anglais, le tourisme montagnard), environnementale (cycle de l’eau, climat), économique (énergie propre et gratuite) est mise en exergue par les magnifiques prises de vue de Fardey, mais aussi par de courts textes de la glaciologue François Funk-Salami et de Charly Vuilloud. Espérons que le risque évoqué par Emmanuel Reynard, professeur de géographie lausannois, dans sa préface – que les glaciers ne soient pour nos arrière-petits-enfants qu’un lointain souvenirs – ne se concrétisera pas. En attendant, d’Aletsch à Saas Fee et de la Plaine Morte à Zinal, admirons ce trésor helvétique que le monde nous envie.

Les glaciers, l’or blanc des Alpes, 160 pages, 

Editions Favre.

Splendeur du gothique parisien

L’architecture gothique a profondément marqué les cités occidentales durant quatre siècles. Paris regorge de monuments emblématiques de ce style «exemplaire, ostentatoire et parlant», comme le décrivent Dany Sandron, Denis Hayot et Philippe Plagneux, éminents spécialistes sorbonniens qui signent un «Paris gothique» de 330 pages où l’on côtoie et comprend les bâtisseurs de Notre-Dame, ceux de la basilique Saint-Denis, de l’église Saint-Germain des Prés ou du Collège des Bernardins. De la forteresse de Philippe-Auguste au XIIIe siècle à l’enceinte de Charles V, puis à l’hôtel de Cluny, les techniques, les envolées, la majesté du gothique ont profondément façonné Paris. Le plus étonnant est que de nombreux vestiges de bâtiments disparus livrent encore aujourd’hui, sous les pieds des hommes du XXIe siècle, leurs secrets et leur beauté intacte. Cet ouvrage aussi passionnant qu’un roman est le récit de la «ville des villes», du génie de nos ancêtres bâtisseurs de grandeur et de beauté.

Paris Gothique, 330 pages, Editions Picard.

Un roman romain

Michel Chevallier, journaliste genevois bien connu, a servi ces dernières années de plume discrète à quelques personnalités politiques en mal d’inspiration (cela existe donc?). Il livre un premier roman bien ficelé, dont l’intrigue se déroule dans l’Italie de Mussolini. Enquête policière, ambiance prenante d’une Rome fasciste où un jeune enquêteur tente à la fois de vivre ses «belles années» et d’élucider le meurtre d’une femme: l’époque de restrictions sanitaires, de tensions économico-sociales et de presse d’Etat que nous traversons s’avère tout indiquée pour lire cet ouvrage qui évoque par son contexte la «Journée particulière» d’Ettore Scola où Mastrioanni et Sophia Loren évoluaient sur fond de visite d’Etat d’Hitler au Duce.

Rome est une femme, 231 pages, Editions L’Harmattan.

Un destin breton, une ministre émouvante

S’il y a un personnage politique français qu’on imaginait ultra-parisien, c’est bien Roselyne Bachelot. Cette ministre de Sarkozy puis de Macron est connue pour sa fréquentation assidue des théâtres, cinémas, musées, restaurants de la capitale; ses amitiés people et ses sorties pleines de verve dans des émissions de divertissement lui ont donné ce côté «tout-Paris» un peu frivole. Ministre de la santé, on s’est moqué de son stock de masques que ses successeurs se sont empressés de détruire: on a vu les conséquences de cette impéritie lors de la «première vague» de coronavirus. Ministre de la culture, elle occupe avec talent son rang, sans rien perdre de son naturel, ni de son humour. Mais voici que paraît en édition de poche «Corentine», sorti l’an passé chez Plon. Un récit retraçant le destin à la fois bouleversant et classique de sa grand-mère bretonne, paysanne des Montagnes noires littéralement vendue à l’âge de sept ans pour une vie d’humiliation, comme servante ou comme ouvrière – autant dire comme esclave, au tournant du XXe siècle. Sa vie, dont elle réussit à prendre le contrôle, s’acheva après avoir traversé deux guerres mondiales, vu sa fille devenir dentiste diplômée en 1946 («C’est pas tout, le diplôme. Il va falloir trouver des clients», commenta la vieille dame), tandis que sa petite-fille Roselyne, en entrant à l’Elysée pour son premier Conseil des ministres, devait avoir une pensée pour Corentine, qu’elle imagina lui dire «Dis donc, tu as su où mettre tes pieds sales!».

Corentine, 200 pages, Editions Pocket.

Michel Piccoli de A à Z

Né en 1925, un peu pour remplacer un premier enfant mort en bas âge, Michel Piccoli a atteint l’âge respectable de 95 ans avant de quitter ce monde, accompagné par l’affection de sa troisième épouse. L’historien du cinéma Philippe Durant retrace avec minutie, mais dans un style tout à fait fluide, la biographie de cet acteur qui a marqué le cinéma français, tournant avec la quasi-totalité des réalisateurs célèbres et quelques inconnus talentueux. De Clouzot à Angelopoulos en passant par Lelouch, Boisset, Chabrol, Resnais ou Tavernier, l’acteur polymorphe a baladé son regard faussement blasé de grand bourgeois aux convictions ancrées à gauche. Philippe Durant dresse un bilan exhaustif de la vie et de l’œuvre du mari de Juliette Gréco (de 1966 à 1976) et du partenaire de Romy Schneider dans «Les choses de la vie». On pardonnera à l’auteur parisien d’évoquer au détour d’une page le «comté du Tessin»; après tout, on se souvient du rôle de Piccoli dans «Espion, lève-toi» de Boisset, où il incarnait un «maître des requêtes» auprès d’un Conseil fédéral dont les membres ressemblaient au maréchal Hindenburg, casque à pointe en moins tout de même. En tout cas, joli coup d’édition, c’est chez nous en pays romand, chez Favre, que paraît cet excellent ouvrage.

Michel Piccoli, les choses de sa vie, 256 pages. 

Editions Favre.

François Berset

 



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