Pandémie et immobilier

Belle résistance du marché vaudois

Le produit intérieur brut (PIB) dans le canton de Vaud a subi un recul de l’ordre de 5%. Le marché immobilier est toutefois resté soutenu; ainsi, les prix de la PPE ont continué de progresser.

S’il y a encore des gens qui doutent de la solidité de l’immobilier dans le canton de Vaud, la Banque cantonale vaudoise se charge de les contredire. L’immobilier a bien résisté à la première vague du coronavirus, affirment les économistes de la banque. Quant à savoir s’il en ira de même avec la deuxième vague, c’est une autre affaire. La pandémie redémarre.

Même si les effets de la crise sur l’économie sont profonds, avec une baisse du produit intérieur brut attendue à 5% dans le canton cette année, selon les dernières prévisions de l’institut CREA d’économie appliquée de l’Université de Lausanne, la situation s’est détendue après la levée du semi-confinement. Les prix de l’immobilier en propriété individuelle ont poursuivi leur progression, en particulier ceux des maisons familiales individuelles, qui ont augmenté de 5,3% au premier semestre, selon les indices de Wüest Partner. Dans les appartements en PPE, la hausse a été moins forte, atteignant 1,5%.

Prix record

Quant aux prix de l’immobilier dans le canton, ils ont globalement atteint un niveau record depuis le début des années 2000. Toutefois, la dynamique n’est plus la même qu’entre 2004 et 2012, période durant laquelle les prix progressaient fréquemment de plus de 8% par an, nuancent les économistes de la BCV. Et ceux-ci de rappeler que les causes du renchérissement de la propriété immobilière demeurent les mêmes, avec le soutien des taux d’intérêt, qui restent très bas, et d’une offre limitée; les objets en propriété individuelle représentent environ un tiers des nouveaux objets mis sur le marché, alors que leur part représentait pratiquement le double il y a dix ans. Ainsi, les maisons individuelles constituent moins d’un dixième de l’offre de nouveaux logements et les PPE un quart environ.

Pas d’inflation à redouter

Dans l’immédiat, l’étude de la BCV note que la perspective de remontée sensible des taux d’intérêt est éloignée: «Aucune pression inflationniste, ni forte accélération de la conjoncture, qui pourraient pousser à la hausse, ne se profilent à l’horizon». Dans le canton de Vaud, le marché du logement poursuit sa détente. «Avec une remontée de 1,1% en 2019 à 1,4% en 2020, le taux de logements vacants se rapproche du seuil de 1,5%, considéré comme correspondant à un marché équilibré».

Reprise partielle

La situation demeure toutefois différente d’une région à l’autre du canton et c’est, comme précédemment, sur l’Arc lémanique qu’elle reste la plus tendue. La tendance est la même pour les loyers. Va-t-elle perdurer? Pour 2021, les prévisions vont dans le sens d’une reprise partielle, sans qu’elle permette au produit intérieur brut de retrouver son niveau de 2019.

De plus, le degré d’incertitude, en lien notamment avec l’évolution de la pandémie dans le monde, et en Suisse en particulier, reste très élevé. Quant à la démographie, elle ne montre pas d’accélération notable à court terme. Et l’on sait que son influence sur la conjoncture et le marché immobilier en particulier est très importante. À relever toutefois une légère remontée de l’immigration, selon les données provisoires de Statistique Vaud.

Les économistes de la BCV donnent un dernier coup de projecteur sur les surfaces commerciales, pour relever que dans ce secteur, plusieurs effets se combinent: le recours au télétravail, les mesures de distanciation, la dégradation des perspectives conjoncturelles, les changements structurels, la progression des ventes en ligne.

GROS PLAN

Attrait des résidences secondaires

La Covid-19 a eu un effet que peu de gens prévoyaient: elle a stimulé la demande pour les résidences secondaires. C’est ce que montrent les requêtes sur des plates-formes immobilières en ligne pour des logements en propriété dans les Alpes vaudoises, en juillet et août 2020; elles ont progressé de deux tiers par rapport à l’année précédente, selon le recensement de la société Realmatch360.

«D’une façon générale, relève l’étude de la Banque cantonale vaudoise, la crise sanitaire a stimulé la demande pour le logement en propriété. Le télétravail, l’accès plus difficile à l’offre culturelle ou le port du masque obligatoire dans de nombreuses situations tendent à diminuer l’attrait des centres urbains au profit de régions plus excentrées. À cela s’ajoutent des voyages à l’étranger rendus plus laborieux par diverses mesures sanitaires, d’où un regain d’intérêt pour les lieux de villégiature en Suisse. Ces résidences secondaires sont les principales bénéficiaires de cette tendance».

Et de conclure ce chapitre en affirmant que cette tendance va dans le sens d’un rééquilibrage du marché des résidences secondaires ou pourrait même l’accélérer.

Etienne Oppliger



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