AIDES AUX ENTREPRISES

«Genève doit sauver l’économie et l’emploi!» 

Daniel Sormanni, député MCG (également conseiller municipal en Ville de Genève) tire la sonnette d’alarme: il y a urgence. Le semi-confinement a des effets dévastateurs sur un grand nombre d’entreprises et va engendrer une crise sociale sans précédent. Interview avec un représentant politique qui s’engage pour davantage de soutien aux PME.

– L’Etat de Genève doit, selon vous, se ressaisir et développer la solidarité. Pour ce faire, il s’agit de travailler de concert avec les 45 communes du canton. Quelle est votre analyse de la situation actuelle?

– Lors de la première vague de pandémie, la Confédération a débloqué des aides pour 60 milliards, dont seuls 30 ont été utilisés. La seconde vague est en passe d’engendrer une catastrophe économique, couplée à d’importants problèmes sociaux et du chômage en masse. Il n’est plus suffisant aujourd’hui de se contenter de prêts remboursables et des RHT (réductions des horaires de travail): il faut des aides directes, à fonds perdus! C’est le seul moyen d’éviter les faillites en cascade, avec leur lot de licenciements. Nos PME, nos petits patrons et leurs employés doivent être soutenus, indépendamment de leur secteur d’activité et de leur chiffre d’affaires.

– Des aides à fonds perdus existent déjà. Pourquoi estimez-vous qu’elles sont insuffisantes?

– A l’origine, la Confédération avait un plan d’aide de 200 millions, dont 13,8 pour Genève, ce qui représentait une véritable insulte aux citoyens de notre pays… Ce montant a heureusement été porté à un milliard (cette somme est en réalité versée seulement à 60% par la Confédération, les 40% restant sont la part qui revient aux cantons); 69 millions ont ainsi été attribués à Genève. Cependant, seuls les secteurs considérés comme «cas de rigueur» sont concernés, à savoir l’évènementiel, les agences de voyages, l’hôtellerie, les transports professionnels de personnes, la galerie marchande de l’aéroport, les forains et magasins de souvenirs. Dès lors, plusieurs problèmes se posent: chaque domaine professionnel doit se coordonner afin d’élaborer un règlement spécifique. De plus, la Confédération a prévu de convoquer les cantons d’ici la fin de l’année. Bref, avant que l’argent arrive, du temps va s’écouler, laissant les entreprises sur le qui-vive…

– En complément à la loi fédérale, le projet de loi cantonal 12810 (dans sa version d’origine) concerne l’aide financière accordée par l’Etat de Genève. Pouvez-vous nous préciser son contenu?

– La loi 12810 vise à atténuer les pertes subies entre le 26 septembre 2020 et le 31 décembre 2021. L’objectif du crédit est de préserver les emplois, les savoir-faire et les infrastructures. Cette aide à fonds perdus sera attribuée aux entreprises considérées «hors cas de rigueur» et qui répondent à certains critères. Parmi ces derniers figure l’exigence d’afficher un chiffre d’affaires annuel inférieur à 60% par rapport aux années précédentes. Seules les entreprises qui étaient rentables ou viables avant le début de la crise sanitaire peuvent solliciter l’octroi de l’aide financière. Le crédit devra être financé conjointement par l’Etat et les communes, au prorata de l’importance économique attribuée par le Département des finances.

– Face à l’urgence, le Grand Conseil genevois a voté début décembre un amendement de ce projet (12810-A) permettant d’offrir une aide immédiate aux entreprises. Celle-ci pourra être débloquée avant la fin de l’année. Quelle sera sa portée?

– Il s’agit d’un soutien de l’ordre de 30 millions pour surmonter urgemment la crise sanitaire. Pour bénéficier de ce cash immédiat, les entreprises sont soumises aux mêmes conditions que celles définies par la loi 12810. En parallèle, un autre projet (PL 12812) a été voté par le Grand Conseil; c’est une aide – également immédiate – destinée aux restaurateurs; elle consiste en une indemnité allant jusqu’à CH 10 000.-/mois, accordée pour les charges fixes. Les milieux professionnels ont salué ces diverses mesures cantonales, dont la rapidité de déploiement sera cruciale pour les entreprises en difficulté.

– Que proposez-vous d’autre pour soutenir les entreprises «hors cas de rigueur» et assurer une égalité de traitement entre les différents secteurs économiques?

– Je déposerai un nouveau projet en janvier. En effet, de nombreux petits entrepreneurs, commerçants de détail et artisans ont été oubliés, notamment ceux dont le chiffre d’affaires était inférieur à 100 000 francs. La loi doit soutenir ces PME qui n’ont rien touché jusqu’à présent. Il faut qu’elles continuent à exister, sinon les patrons et leurs employés vont se retrouver au chômage ou à l’Hospice général.

– Vous avez également introduit deux résolutions. Où en est-on?

– La première s’adresse au Conseil fédéral et l’invite à augmenter son aide (à fonds perdus) aux cantons suisses, tout en élargissant ce soutien à toutes les entreprises en difficulté. Cette résolution a été votée jeudi 3 décembre par le Grand Conseil, avec deux amendements: une aide portée à 10 milliards, plutôt que 2 milliards initialement visés (chiffres avancés selon calculs d’experts), ainsi qu’une prise en charge des surcoûts des hôpitaux dûs à la Covid-19. La seconde résolution n’a pas pu être traitée par manque de temps et le sera en janvier. Elle invite le Conseil fédéral à rappeler à la Banque nationale suisse (BNS) que sa mission centrale est de veiller à la stabilité des prix et à la prospérité de l’économie du pays. Les ressources de la BNS doivent impérativement être mises à disposition de la Suisse!

Propos recueillis par Véronique Stein

 



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