Rénovations énergétiques

Lancy entre en action

En décembre dernier, le Conseil d’Etat genevois a déclaré l’urgence climatique, faisant ainsi un pari audacieux: réduire les émissions de CO2 de 60% entre 1990 et 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2050. Afin de concrétiser ces objectifs, un Plan directeur des énergies a été adopté par le Gouvernement cantonal. Il comprend des mesures d’encouragement auxquelles viendront s’ajouter, courant 2021, des modifications législatives. Afin d’anticiper ces changements, le programme «Lancy-Rénove» propose un accompagnement personnalisé aux propriétaires et aux régisseurs désireux de mener à bien leurs projets de rénovation énergétique.

Petit rappel, Genève s’inscrit dans une société à 2000 Watts sans nucléaire à l’horizon 2050, ce qui signifie que la consommation d’énergie par habitant devra être divisée par 3,5 dans les trente prochaines années et la part des énergies renouvelables multipliée par 3. La stratégie genevoise qui en découle se décline à travers divers instruments, notamment le Plan climat cantonal 2030 renforcé, en cours de révision, ainsi que le Plan directeur des énergies (PDE), élaboré en collaboration avec les milieux concernés. Ce dernier est un document allant bien au-delà des simples intentions: il comprend des objectifs chiffrés et des mesures concrètes; la mise en œuvre est prévue en 2021 et sera accompagnée de modifications législatives.

«Défossilisation» du canton

Le PDE définit deux axes principaux. Il s’agit en premier lieu de l’approvisionnement, avec le développement des énergies renouvelables, les infrastructures de réseaux et le stockage. En second lieu, c’est la consommation qui est visée par le biais de la sobriété et de l’efficacité énergétiques, en particulier grâce à un accroissement des rénovations. En effet, la moitié de l’énergie consommée dans notre canton est utilisée pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire, dont 90% à partir d’énergies fossiles. Le domaine du bâti est à l’origine d’un tiers des émissions de CO2. Dans notre canton, le taux de rénovation est faible: de l’ordre de < 1% par an actuellement, il devrait passer à 2,5% par an d’ici 2030 et à 4% d’ici 2050, afin de respecter les engagements de la Suisse envers les accords de Paris. En termes de qualité, le but est de réduire autant que possible les écarts de performance entre les objectifs énergétiques visés en phase projet et ceux effectivement atteints après rénovation. Un aspect important si l’on tient compte du fait que l’économie réelle est en moyenne la moitié de celle planifiée.

«Pour réussir la transition énergétique, l’Office cantonal de l’énergie (OCEN) mise à la fois sur l’encouragement et l’obligation, c’est-à-dire la carotte et le bâton, explique Cédric Petitjean, directeur général ad interim. Nous disposons d’un programme de subventions ambitieux: en 2020, 35 millions de francs étaient à disposition pour la rénovation du parc bâti. La plate-forme GEnergie synthétise les solutions et coordonne les actions du Canton de Genève et de SIG-éco21. Mais il est clair que dès le moment où le nouveau dispositif législatif sera en vigueur, le soutien financier sera réévalué, car on ne subventionne pas des obligations légales». Les modifications réglementaires envisagées en 2021 portent sur plusieurs volets, tels que l’abaissement des seuils de l’Indice de dépense de chaleur (IDC), le contrôle renforcé – sur place et par les équipes de l’OCEN – des performances après construction ou rénovation, et enfin des exigences plus fortes pour le remplacement des installations de chauffage fonctionnant aux énergies fossiles.

Dynamiser les rénovations énergétiques

Les communes genevoises qui souhaitent s’engager activement vers la transition énergétique ont tout intérêt à s’inspirer des bonnes pratiques déployées par d’autres. C’est le cas de Lancy, qui mène un programme basé sur l’expérience d’Onex («Onex-Rénove»), où le taux de rénovation est passé de 0,8% à 7,7% en deux ans (2016-2018). «Lancy-Rénove» s’adresse aux propriétaires ou régisseurs de locatifs construits entre 1946 et 1990 et dont la surface est supérieure à 500 m2, soit 59% du parc immobilier privé de la Ville de Lancy. Ces bâtiments sont particulièrement énergivores: ils se caractérisent par des murs et des toitures mal isolés, ainsi que, pour certains, des vitrages simples; ils sont généralement chauffés au mazout ou au gaz. Outre la diminution de l’empreinte carbone, une amélioration de leur efficacité énergétique aura un impact sur la qualité de vie et le confort des habitants, tout en réduisant leurs charges.

Grâce à un partenariat entre la Ville de Lancy, SIG-éco21 et l’OCEN, le programme «Lancy-Rénove» représente une réelle opportunité pour les propriétaires/régisseurs. La démarche est structurée en plusieurs étapes. Suite à une séance d’information qui s’est tenue en novembre 2019 (voir Tout l’Immobilier n° 973, du 9 décembre 2019), des rencontres bilatérales sont en cours afin de mieux connaître les besoins de chacun et identifier les immeubles pouvant faire l’objet d’une rénovation énergétique.

«La phase suivante sera consacrée à des ateliers, indique Claudia Bogenmann, responsable de l’Unité développement durable de  la Ville de Lancy. Ces rendez-vous par visioconférence seront l’occasion de bénéficier de conseils techniques, légaux et administratifs. Les échanges avec les experts en énergie – offices préaviseurs du Département du territoire, de SIG et de l’HEPIA – visent à orienter les propriétaires/régisseurs et à déclencher les projets de rénovation». Actuellement, une bonne douzaine de projets sont sur la table. Par ailleurs, des rencontres webinaires, qui ont commencé le 26 octobre dernier, sont régulièrement organisées sur des thèmes spécifiques (prochaine date: jeudi 21 janvier 2021, «Optimisation des performances des rénovations énergétiques»).

Ceux qui souhaitent aller de l’avant peuvent bénéficer d’un soutien supplémentaire en signant un accord avec SIG-éco21. Ce contrat ouvre la voie à des prestations qui facilite la rénovation énergétique, à savoir: l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMOén) pour le soutien technique; l’assistance à la maîtrise d’usage (AMU) en ce qui concerne la médiation entre propriétaires et locataires, ainsi que l’accompagnement des usagers (écogestes). «Des études ont montré que les services d’AMOén et d’AMU – éligibles pour des subventions appréciables – permettent d’optimiser le projet de rénovation et de réduire considérablement les écarts de performance», souligne Matthias Ruetschi, responsable éco21 «Immobilier et efficience énergétique».

On le comprend aisément: la conception la plus parfaite sera vaine si les usagers ont des comportements inadéquats en matière d’énergie. Par ailleurs, certaines décisions peu judicieuses en phase de projet, des malfaçons au cours des travaux ou un mauvais réglage des installations de chauffage peuvent être évités par un accompagnement adapté. De manière générale, les meilleurs résultats sont obtenus lors de rénovations globales, plutôt que par des mesures ponctuelles. «L’idée est d’intervenir le plus en amont possible du projet, bien que les prestations AMOén et AMU puissent exceptionnellement être mises en place en cours du processus. Les subventions sont alors établies au prorata», poursuit le représentant de SIG.

Connaître avant d’entreprendre 

Dans le but de repérer les bâtiments éligibles pour les rénovations, HEPIA a réalisé une carte des bâtiments de logements collectifs datant de 1946 à 1990 à Genève. Sur cette base, neuf typologies architecturales et constructives ont été dégagées. «On passe ainsi des bâtiments Familia (1945-1955) aux premiers bâtiments construits avec des isolations périphériques (1980-1990). Entre deux se trouvent les immeubles de style Honegger (1950-1965), ceux à balcons filants (1960-1975) ou caractérisés par des grilles et remplissages (1960-1975). A chaque catégorie – liée à une période de construction – correspond une ou plusieurs stratégies de rénovation», indique Lionel Rinquet, architecte EPFL SIA, professeur HES Genève.

En présentant divers scénarios, ces fiches d’orientation typologiques aident le propriétaire à se projeter dans une opération de rénovation énergétique. Des indications quant aux valeurs de consommation énergétique (IDC) des bâtiments et aux classes CECB de l’étiquette énergie sont fournies, avant et après travaux de rénovation. On accède également à des informations liées au degré de difficulté, au coût de l’opération et aux détails constructifs. Un outil très complet proposé dans le cadre de «Lancy-Rénove» (www.lancy.ch/fiches-dorientation-typologique), mais qui ne manquera pas d’intéresser d’autres communes! A bon entendeur…

Véronique Stein



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