Cyril Aellen (PLR)

«Bosseur« aux positions claires

Cyril Aellen, avocat quadragénaire, a mené de pair son activité professionnelle au sein de sa propre Etude et une carrière politique de deux décennies: conseiller municipal, député au Grand Conseil depuis 2013, dernier président du parti libéral genevois avant sa fusion avec le parti radical pour créer le PLR. Il a été désigné meilleur député par ses pairs en 2018 et fait indéniablement partie des plus influents parlementaires genevois. Le PLR l’a désigné comme candidat à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat du 7 mars prochain. Il affronte trois candidats classés à droite: Pierre Maudet (indépendant), Yves Nidegger (UDC) et Michel Matter (Verts libéraux), ainsi que la candidate des Verts, classée très à gauche, Fabienne Fischer. Un candidat communiste et deux candidats marginaux complètent le choix offert au corps électoral.

– Qu’est-ce vous distingue des autres candidats de droite?

– Genève se trouve dans une situation difficile et je suis avant tout motivé par la recherche du bien public, de l’intérêt collectif. A mon sens, l’une des faiblesses évidentes du Conseil d’Etat est la mésentente et la perte de la collégialité productive. Si je suis élu à l’Exécutif, je compte à la fois contribuer à restaurer le dialogue et peser sur les décisions, ce qui est le rôle d’un conseiller d’Etat responsable. Sans fausse modestie, je peux dire que je serai immédiatement opérationnel; on m’accorde généralement une connaissance approfondie des dossiers, un tempérament de «bosseur», des positions claires et le sens du travail d’équipe – y compris avec des adversaires politiques. J’ai en outre la confiance du Parlement, ce qui est précieux en ces temps troublés.

– Candidat du PLR, vous assumez logiquement la ligne politique du parti. Certains de ses membres influents lui reprochent d’avoir approuvé un budget déficitaire et de dériver parfois en affichant une écologie militante inhabituelle…

– Durant des années, j’ai lutté avec le PLR contre l’augmentation inconsidérée des charges de l’Etat. Selon mes convictions, il eût fallu, durant les années de croissance, amortir la dette et faire des réserves. La gauche, de son côté, pensait qu’il fallait dépenser à tout-va puisque les ressources fiscales étaient confortables. Un Etat bien géré doit investir dans des infrastructures de qualité et se montrer capable d’agir en cas de crise pour soutenir l’économie, et notamment les PME. En revanche, il me semble légitime, dans une situation aussi dramatique que la nôtre, due à une pandémie qui – hélas! – semble durer, que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et évitent le plus de drames possible. Sur la question des transports, nous étions engagés dans un accord intelligent, tenant compte de l’ensemble des modes de déplacement; il est clair que les clauses n’en ont pas été respectées et qu’il faudra réexaminer la réalité avec un peu plus de concertation.

– Si vous aviez été ministre cantonal de la Santé, comment auriez-vous géré la Covid-19 ?

– Je constate que les autorités, aussi bien fédérales que cantonales, ont dû faire face à une crise imprévue, avec peu de données fiables. Comme tous les pays du monde ou presque, les Suisses ont été obligés d’agir et souvent d’improviser. Globalement, le système de santé, ses hommes et ses femmes engagés et compétents, ont réalisé des prouesses; la gestion de la crise a été meilleure chez nous que sous d’autres latitudes. Je ferai néanmoins trois remarques: d’abord, pour susciter la confiance et l’adhésion de la population, les mesures auraient dû être clairement annoncées et les indemnités aussi. Ensuite, si de nouvelles mesures étaient nécessaires, il aurait fallu en donner les critères et en démontrer le bien-fondé. Enfin, et cela concerne plutôt Berne que Genève, la vaccination aurait dû être beaucoup mieux anticipée.

– Vous êtes élu le 7 mars: quelle est votre première décision?

– Préparer la sortie de crise en mettant immédiatement en contact les secteurs économiques affectés et ceux qui recherchent des compétences avec les spécialistes de la formation. Après le choc subi par l’hôtellerie et la restauration, par exemple, mais aussi la culture ou l’événementiel, il est urgent de prévoir de sauver ce qui peut l’être, mais aussi de reconvertir, de repenser des carrières pour celles et ceux qui ont perdu leur entreprise ou leur emploi. Je suis profondément convaincu que Genève a les ressources et le dynamisme nécessaires à rebondir, mais l’Etat doit jouer son rôle de facilitateur, être aux côtés des entrepreneurs pour avancer, innover, reconstruire.

Propos recueillis par Vincent Naville

 



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