Levée de boucliers

«Non à une loi qui officialise le travail illégal!»

Le Comité référendaire «Contre le travail illégal» – qui réunit l’UDC et le MCG – estime qu’il n’est pas envisageable d’accorder des indemnités à des travailleurs non déclarés et s’oppose ainsi à la loi 12723, votée fin juin 2020 par la majorité du Grand Conseil. Cette loi prévoit, selon les référendaires, d’octroyer une allocation pour perte de gains essentiellement pour des travailleurs illégaux et/ou pour du travail illégal. En plus, il serait possible de verser l’indemnisation «uniquement sur la base d’une déclaration écrite du bénéficiaire» et «tous les documents seraient détruits au plus tard un an après la demande». Ce sera au peuple de trancher – entre autres – sur ce sujet le 7 mars prochain. André Pfeffer, député UDC et mandataire du Comité, répond à nos questions.

– Vous reprochez au Conseil d’Etat de faire preuve de laxisme en matière de travail au noir. Quelles sont les raisons qui vous ont incité à lancer un référendum?

– Après l’opération «Papyrus», le Conseil d’Etat avait promis de s’attaquer au travail au noir. Non seulement il ne respecte pas ses engagements, mais Genève ne vérifie pas les titres de séjour, ni pour la remise d’un numéro AVS, ni lors des contrôles sur les chantiers. Outre contrevenir à la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI), la loi 12723 confond aide d’urgence, aide sociale et chômage! Il est tout aussi choquant que les contribuables Genevois aient à assumer les défaillances d’employeurs ne respectant pas la loi, ainsi que de personnes sous-louant, souvent avec un bénéfice, un logement à des sans-papiers. En outre, l’Etat ne payerait pas les charges sociales pour ces indemnités, ce qui est un comble! Même les personnes en situation illégale sont éligibles pour cette assistance. Il est inutile que l’Etat se substitue aux obligations d’employeurs peu scrupuleux.

– Que se passera-t-il si la loi 12723 est acceptée en votation?

– Une simple déclaration de personnes en situation irrégulière leur permettrait de recevoir de l’Etat jusqu’à 4000 francs par mois (80% de la perte effective de revenus, pendant deux mois), si la loi est acceptée. Cette indemnité pour perte de gains du travail illégal représente largement plus du double d’une rente AVS! Notez qu’un autre crédit de CHF 12 millions, voté par le Grand Conseil, octroie des aides financières pour le paiement de loyer et de frais médicaux, aides auquelles s’ajoutent des prestations (notamment alimentaires) financées par des privés. Ce soutien d’urgence est le plus généreux du pays.

– Comment décrivez-vous les méfaits du travail illégal sur nos entreprises?

– Depuis des décennies, le travail illégal est un véritable fléau, qui donne un avantage concurrentiel aux entreprises les plaçant hors la loi par rapport à celles qui la respectent. Les entreprises honnêtes devront payer CHF 23.-/heure (le plus haut revenu minimum du monde), alors que celles peu scrupuleuses sont encouragées à payer beaucoup moins. Les travailleurs illégaux sont engagés dans de nombreux secteurs autres que les activités domestiques. Cela a un triple effet: un frein sur les salaires pour qu’ils se rapprochent du minimum légal; une augmentation du chômage, parce que les entreprises ne peuvent plus régater avec la concurrence; une exploitation inacceptable pour beaucoup de clandestins dont certains seraient ou sont rémunérés de CHF 1500.- à 1800.- par mois!

– Vous encouragez donc les citoyens à voter «non» à «la loi de la honte». Pourquoi? 

– Le travail illégal, avec des salaires de misère non déclarés, sans aucun contrôle, est une véritable honte. En encourageant le travail illégal et ses salaires de misère, la loi va à l’encontre de la volonté des électeurs genevois de prévoir un salaire minimum de 23 francs de l’heure. Nous ne pouvons pas accepter que l’Etat cautionne et finance une pratique qui entretient la misère sociale et crée du dumping salarial, autant pour les travailleurs suisses qu’étrangers (permis B et C).

Propos recueillis par Véronique Stein

 



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