Cité de la musique: une mise au point d’Antonio Hodgers

Le conseiller d’Etat en charge du Département du territoire a diffusé vendredi des précisions concrètes sur le projet de Cité de la musique soumis aux électeurs de la Ville de Genève le 13 juin 2021.

Un malentendu s’installe dans la campagne sur la Cité de la musique. Beaucoup de gens ont l’impression de devoir choisir entre «la Cité de la musique » et «un parc naturel». Or, la parcelle de l’ONU est un terrain constructible depuis les années 50 et l’organisme souhaite aujourd’hui le réaliser, peu importe le programme. La question devrait dès lors plutôt être: voulez-vous la «Cité de la musique» ou un projet immobilier de bureaux et logement? Malheureusement, aucun média n’a été jusqu’où bout de la clarification de l’information, comme l’illustre le reportage partiel et partial du «Courrier» du jour (vendredi 28 mai, Réd.). Les documents officiels existent, mais encore faut-il des journalistes qui enquêtent réellement.

Une autre préoccupation tient à la portée de cette votation: il ne s’agira légalement que d’un préavis de la commune sur un PLQ. Or, comme le terrain n’appartient pas à la Ville de Genève et qu’aucune subvention ne lui est demandée, ce préavis n’est pas liant. Il n’est que consultatif. Le fait qu’il y ait une votation populaire ne change juridiquement pas cet état de fait. A mon avis, il est malsain dans le système suisse de consulter le peuple sans lui laisser le dernier mot. Or, c’est exactement l’ambiguïté dans laquelle nous sommes sur cette votation.

Qu’on me comprenne bien: je trouve parfaitement légitime de mener un débat public sur la politique culturelle à poursuivre ainsi que sur celle de l’aménagement du territoire. Et je respecte et comprend celles et ceux qui ne souhaitent pas la Cité de la musique à cet endroit, ou pas de Cité de la musique du tout. Cependant, en lançant un référendum populaire sur un préavis non liant et en laissant croire que la parcelle pourrait rester libre de construction alors qu’elle est déjà en terrain constructible, l’association «SOS Patrimoine» fait des promesses qu’elle n’aura aucun moyen de tenir. Cette votation est donc biaisée d’avance. C’est l’arnaque démocratique qui me pousse aujourd’hui à réagir.

Et si le 13 juin, les citoyens de la Ville de Genève votent «non» à la Cité de la musique et que, quelques années plus tard, ils se retrouvent avec un projet immobilier à la place, ils auront légitimement le droit de se sentir grugés. Les responsables seront alors les référendaires qui connaissent parfaitement le dossier, les mécanismes légaux de l’aménagement du territoire (PLQ) et l’immunité juridictionnelle des Nations Unies, mais qui auront caché au public les impossibilités juridiques. Anticipant la question, je précise que le site n’a de loin pas les qualités suffisantes pour être classé en réserve naturelle.

La démocratie consiste à articuler la volonté populaire avec l’état de droit. La démagogie consiste à faire croire que la volonté populaire peut s’affranchir de l’état de droit. Cela marche parfois le temps d’une votation ou d’une élection, mais pas à long terme.

Antonio Hodgers

Conseiller d’Etat

 



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