Architectes : un quatuor en osmose

Rencontre avec quatre architectes associés du bureau FdMP qui donnent les clés de leur inspiration à travers des exemples de projets réalisés, dont « White House » à Carouge.

Interview à quatre voix ? Une évidence lorsque l’on rencontre cette équipe d’associés. La synergie collégiale de la bande frappe par son dynamisme, qui se reflète même sur leur mur. Celui qui longe le bureau – moderne et lumineux – avec une allure d’accrochage d’œuvres d’art. Photos de scarabée, d’arbres, croquis et plans architecturaux se chevauchent sur cette exposition murale qui est, en réalité, le bloc-notes d’idées et la source d’inspiration de FdMP. Entouré de ses maquettes et enveloppé de bonne humeur, le groupe affirme : « Avant d’être architectes, on est des amis ». Probablement l’une des clés de leurs succès à des concours dont les derniers en date leur vaudront la conception de la succursale genevoise d’une grande banque et la rénovation du cinéma Le Plaza. A les écouter, on a envie de percer les autres secrets de cette entente cordiale. Le quatuor se prêtera au jeu dans un style poétique. A travers la présentation de quatre de leurs créations, chacun révélera l’une de ces recettes gagnantes sous forme de métaphore.

Dans les groupes, il y a souvent un leader. Et chez vous, qui a ce rôle ?

Emeline Debackere Gutierrez : Tout le monde et personne ! C’est comme pour notre Cedar Housing (Georges Thaler Développement Immobilier). Dans ce projet, deux logements en duplex et six autres en triplex, construits à Châtelaine, entourent un cèdre centenaire. Toute la conception s’est faite en fonction de cet arbre qu’il était hors de question de couper. D’où l’idée de le considérer en tant que défi spatial à valoriser. Pour ce faire, la forme semi-circulaire du bâtiment épouse la ceinture végétale définie par la couronne du cèdre. Cette courbe se retrouve à la fois en plan et en coupe, les étages supérieurs se décalant pour proposer des terrasses et renforcer la présence de l’arbre. Avec son architecture d’immeuble à gradins, l’ensemble rappelle un amphithéâtre. La cour qui englobe l’arbre est lieu de partage, regroupant toutes les activités en collectivité. Si cette face du bâti privilégie le vivre-ensemble, c’est à l’inverse l’intimité qui est à l’honneur côté jardin. Ce projet nous ressemble puisque comme lui, nous sommes, métaphoriquement, réunis autour d’un socle de valeurs partagées tout en préservant, chacun, notre apport personnel.

Vous arrive-t-il d’avoir des conflits autour de la conception d’un projet ?

Christophe Pidoux : Je parlerai plutôt de débat, celui qui nourrit notre production au quotidien. Comme nous partageons la même philosophie du travail, nous finissons toujours par trouver ensemble les meilleures solutions. A ce titre, je pourrais citer le projet Oval Housing à Carouge, avec les promoteurs GRAGO, dont la construction va bientôt débuter. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un petit immeuble ovale qui englobe huit appartements sur deux étages sur un terrain très arborisé. Le choix de cette forme a d’ailleurs été dicté par la clairière dans laquelle elle s’inscrit comme un animal qui se serait blotti au milieu d’une nature restée intacte. Pour tracer un parallèle avec le fonctionnement de notre bureau, je dirais que chez nous aussi, c’est la stratégie de la « table ovale » qui prévaut. Ainsi, bien que chaque projet ait son responsable attitré, l’échange d’idées au quotidien est de mise pour tous.

Qu’est-ce qui vous donne du peps face aux défis de votre travail ?

Oscar Frisk : L’opportunité de créer du lien privilégié avec les gens ! L’un des exemples qui illustre ce constat a été notre projet « White House », ou Maison Blanche. Il s’agissait de transformer un bâtiment ancien en une maison contemporaine dans une zone classée du patrimoine architectural de Carouge. Nous devions donc conserver tel quel l’extérieur de cette construction tout en transformant son intérieur en triplex. Pour apporter cette touche de modernité, nous avons travaillé, entre autres, sur les différents escaliers de la demeure. En bois, en métal ou en béton, droit, circulaire ou hélicoïdal, ils ont été, pour certains, dessinés, pour d’autres hérités ou classés. Mais tous contribuent à la plasticité de l’ensemble. Une qualité que l’on peut citer comme essentielle dans nos interactions humaines. Avoir une attitude ouverte et sans préjugés permet de nouer des rapports privilégiés avec les autres, qui, en retour, nourrissent notre créativité. C’était le cas de ce client, devenu ami, qui nous avait laissé carte blanche pour la transformation de sa maison.

Comment trouvez-vous vos bonnes idées ?

François de Marignac : Tout est source d’inspiration. Y compris les voyages à l’étranger que nous essayons de faire tous ensemble au moins une fois par an, pour aller découvrir les travaux d’autres architectes. D’ailleurs, notre projet Big Field Housing, un corpus de bâtiments économes à Crans-près-Céligny (VD), s’inspire des sculptures de Chillida. Réalisés en béton teinté préfabriqué, les bâtiments sont comme des sculptures posées en plein air. En optant pour des variations entre parties brutes et d’autres beaucoup plus précises, on pense aussi aux travaux du japonais Noguchi. Les garde-corps sont profondément texturés, moyen de faire ressortir toute la minéralité et le relief de la matérialisation. Et la gamme de couleurs appliquée à l’ensemble des structures bâties s’inspire directement d’un échantillonnage de la terre environnante. On pourrait donc parler pour Big Field d’immeubles littéralement « sortis de terre ». Profondément attachés à des héritages architecturaux très divers et à des processus de travail collaboratifs, notre but commun est de créer des objets aussi fonctionnels qu’esthétiques et qui soient en accord avec la nature.

Anna Aznaour

 



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